Occupation néolithique à la Genetoye

La fouille réalisée sur la grande enceinte en 2018 se développe à gauche du bouquet d’arbres visible au premier plan. La palissade, matérialisée par les trous d’implantation des poteaux, est en cours de fouille et son tracé se prolonge dans la pâture sous la forme d’un alignement de taches (la végétation est plus verte à l’emplacement des trous de poteau retenant l’humidité en période de stress hydrique). A droite du cliché une seconde fenêtre de fouille est ouverte au centre de l’enceinte. (©Com’air)

Le secteur à la confluence entre le Ternin et la rivière Arroux, en périphérie de la ville antique d’Autun Augustodunum, a bénéficié d’un ambitieux programme de recherche porté par l’UMR Artehis de l’Université de Bourgogne qui a été mené sur dix ans, entre 2013 et 2023, associant le service archéologique de la ville d’Autun, l’Inrap, un ensemble d’universités et le CNRS, avec le soutien logistique de Bibracte.

Les fouilles programmées ont montré que ce secteur connait une occupation sur le temps long, et se poursuit jusqu’au Moyen-Age et l’époque moderne. L’occupation la plus ancienne repérée à l’heure actuelle remonte au Néolithique.

Il s’agit tout d’abord de vestiges structurés sous la forme d’une vaste enceinte palissadée à fossés interrompus aux Grands Champs, attribuée au Néolithique moyen (entre -4400 et -3600 environ), d’une douzaine d’hectares de superficie. Son tracé a été révélé en 1976 par une campagne de photographies aériennes réalisées par R. Goguey en période de sécheresse. Elle a bénéficié de premiers sondages en 1982 par J.-P. Thévenot et son plan a été affiné en 2013 à l’occasion d’une prospection géophysique extensive. Ce site se déploie sur une terrasse alluvionnaire suffisamment haute pour demeurer à l’abri des inondations tout en restant en contact avec l’axe Arroux / Ternin, connu pour être densément occupé au Néolithique. Cet axe offre en effet une position de choix, contrôlant l’un des rares couloirs naturels reliant la Saône à la Loire par les vallées de l’Arroux et de l’Ouche.

La partie orientale du système de délimitation et de la partie enclose a été largement fouillée par l’équipe dirigée par F. Ducreux entre 2017 et 2021. Ces recherches ont tout d’abord permis de mieux comprendre la structuration de l’enceinte qui est composée d’une ligne continue de poteaux en bois régulièrement espacés, des troncs d’arbres entiers de quarante à cinquante centimètres de diamètre qui ont été implantés à l’intérieur de fosses directement creusées dans la nappe de graviers. Une rapide estimation, qui reste à préciser, montre qu’il a fallu abattre entre 500 et 700 chênes pour édifier cette palissade monumentale, qui est doublée de deux lignes concentriques de fossés discontinus. D’autre part, et de manière assez inattendue, les traces de trois bâtiments édifiés en terre et bois, de plan quadrangulaire à deux nefs ont été découvertes dans la zone située à l’intérieur de la palissade qui généralement est vierge de vestiges sur les sites similaires. Ces bâtiments présentent une homogénéité architecturale claire et s’intègrent parfaitement dans l’organisation spatiale de l’enceinte. Il s’agit d’un site majeur pour l’étude de la néolithisation du sud de la Bourgogne et au-delà. C’est également le plus ancien habitat structuré connu pour la région de l’Autunois.

A proximité de cette grande enceinte se développent également un groupe de trois enclos similaires presque accolés les uns aux autres, formant ainsi une sorte de grappe, bien visible sur la cartographie issue des analyses géophysiques. L’un d’eux a fait l’objet d’une fouille exhaustive par F. Ducreux entre 2022 et 2023 : il s’agit d’un fossé d’un mètre de large, profond d’une quarantaine de centimètres délimitant un espace ovalaire d’environ 400 m² de superficie. A l’intérieur de cet espace, seules quelques fosses très arasées à la fonction indéterminée ont été découvertes. La structure la plus significative est un grand creusement ovoïde de deux mètres sur un mètre ayant accueilli un possible menhir en grès dont il ne resterait que la base, encore fichée dans le sol et calée au moyen de plusieurs blocs de grès et de gros galets. La partie supérieure du menhir semble avoir été brisée à une époque indéterminée, mais située entre l’âge du Bronze et la période contemporaine, peut-être à l’occasion de travaux agricoles comme cela est fréquemment le cas. La fonction de ces enclos reste difficile à préciser compte tenu de l’érosion des vestiges et de l’acidité du terrain qui a détruit les vestiges tels que les ossements.

Les recherches, en particulier les datations radiocarbones, indiquent que ces enclos seraient contemporains de la grande enceinte précédemment évoquée. Ces enclos pourraient avoir eu une vocation cultuelle ou bien funéraire, et sont situés en périphérie immédiate de la grande enceinte qui accueillerait quant à elle possiblement un habitat.