Les modalités d’implantation d’une nouvelle capitale
Lors de la réorganisation administrative des Gaules qui suit la conquête romaine, la capitale gauloise des Éduens, Bibracte, est transférée vers une zone en vallée, plus facile d’accès. Le site choisi pour implanter la nouvelle capitale de cité*, Augustodunum, est un plateau losangique délimité par des failles, orienté plein nord et fortement incliné, une situation topographique a priori assez défavorable. Il est certain qu’un ensemble d’autres motivations d’ordre économique, politique ou religieux a présidé à ce choix.
Une nouvelle capitale sur le tracé de la voie de l’Océan
D’un point de vue géologique, Autun- Augustodunum est fondée sur le rebord méridional du bassin permien* d’Autun, en rive gauche de l’Arroux, au niveau de sa confluence avec le Ternin. Ce carrefour de voies naturelles, proche des vallées de la Loire, de la Saône et de la Seine, se situe sur le tracé de la voie reliant à la fin de la période gauloise l’oppidum* voisin de Bibracte au principal port fluvial de la Saône à Chalon (Cabillonum), axe économique important des Éduens, mais surtout sur celui de la nouvelle voie dite d’Agrippa* (ou de l’Océan) qui mène de Lyon à Boulogne-sur-Mer.
Cette importante voie de communication a été tracée après la conquête romaine, sous le règne de l’empereur Auguste, dans le cadre de la mise en place d’un nouveau réseau routier qui a eu pour centre la colonie fraichement créée de Lyon (Lugdunum).
Le schéma urbain de la nouvelle agglomération s’appuie fortement sur le tracé de cette voie récente. Bornée par les portes d’Arroux et de Rome, elle forme le cardo* principal de la nouvelle agglomération et constitue, en quelque sorte, son « épine dorsale ».




D’autres facteurs ont certainement pesé dans le choix du site à l’époque romaine.
Un ancien lieu de culte
L’existence d’un lieu de culte sur la rive droite de l’Arroux à sa confluence avec le Ternin, reconnu par la fouille et bien antérieur à la fondation de la nouvelle capitale, peut être citée. Il sera en effet pérennisé par l’installation du sanctuaire périurbain de la nouvelle capitale (Le quartier de la Genetoye à l’époque romaine).

Des ressources naturelles variées
La présence dans le secteur d’importantes ressources naturelles peut également être évoquée.
Les multiples gisements, sur place ou dans les environs immédiats, ont fourni commodément les matériaux de construction pour les monuments et maisons d’Autun- Augustodunum (Aspects économiques de la construction du rempart d’Augustodunum (Autun): origine des matériaux rocheux et première approche quantitative). Il s’agit tout d’abord du granite à deux micas exploité au hameau de Couhard, au sud-est du site, qui a permis de confectionner des moellons mais aussi d’extraire les dalles qui ont servi à la réfection du cardo principal durant l’Antiquité tardive. Un front de taille de 20 m de haut se développant sur une cinquantaine de mètres est encore visible dans le paysage. On peut citer également les arkoses* du Trias* ou les grès fins du Rhétien* issus du plateau d’Antully au sud-est, respectivement utilisés pour la confection de blocs en grand appareil et de moellons de petit appareil.


Il est également possible de mentionner l’exploitation intensive de la cassitérite, dont les traces ont été très récemment mises en évidence sur des centaines d’hectares sur les versants dominant le site depuis l’est jusqu’au sud-ouest, à quelques kilomètres des remparts de la cité. Ce minerai d’étain, relativement rare, entre pourtant dans la composition des alliages à base de cuivre (bronzes, laitons) largement utilisés durant l’Antiquité, en particulier dans les ateliers de Bibracte puis d’Autun, pour confectionner de nombreux produits manufacturés. L’extraction à l’époque médiévale est avérée par l’archéologie. Toutefois, il est probable que l’exploitation du gisement ait été amorcée bien plus tôt (peut-être dès l’âge du Bronze ou au cours de la période laténienne) et ait perduré durant l’Antiquité, ce que les recherches actuelles tendent à préciser.




Une topographie accidentée permettant la mise en scène de la ville ?
Le choix du site pourrait-il enfin être lié à des aspects plus symboliques et sémiologiques ? Certainement, mais il est difficile de le prouver. Nous constatons, comme nos prédécesseurs, que certains points de vue (par exemple depuis la pointe méridionale de la ville) permettent d’englober d’un même regard l’ancienne et la nouvelle capitale. De plus, la ville antique, cernée d’un rempart percé de portes monumentales et étagée sur une éminence, offrait au visiteur depuis la vallée une image urbaine très marquée se détachant nettement du paysage et de la campagne environnante.
*Arkose Grès composé de quartz et de feldspath (contenant parfois du mica) provenant de la désintégration du granite.
*Cardo Dans le schéma d’urbanisme antique orthonormé, le cardo est une rue approximativement orientée nord-sud. Cardo maximus est le nom consacré par l’usage à la rue principale qui structure la ville : à Autun, il est borné par les portes monumentales d’Arroux et de Rome.
*Cité Après la conquête romaine, le territoire gaulois se structure désormais autour de quatre provinces : la Narbonnaise (une région méridionale conquise dès la fin du IIème siècle avant notre ère), la Gaule Belgique au nord-est, la Lyonnaise (de la Bretagne à la cité de Lyon) et l’Aquitaine, au sud-ouest. Dans chacune de ces provinces, les populations et les territoires sont regroupés en cités formant une communauté politique indépendante. La cité, modèle dominant d’organisation des sociétés antiques méditerranéennes, se compose toujours d’un corps de citoyens (cives, réunis dans un populus), d’un territoire (ager) et d’un chef-lieu (caput civitatis), qui abrite les institutions locales.
*oppidum Terme utilisé par César dans la Guerre des Gaules qui désigne un habitat fortifié laténien d’une superficie importante (plusieurs dizaines d’hectares) généralement situé sur une éminence, mais que l’on peut également rencontrer en plaine, par exemple dans l’espace circonscrit par le méandre d’un cours d’eau. L’apparition et l’essor des oppida sont caractéristiques des IIème et Ier siècles avant notre ère. Le terme de « civilisation des oppida » désigne l’unité culturelle des peuples celtes sur le continent européen, sur un territoire allant du sud de l’Angleterre à l’Europe centrale.
*Permien Le Permien, nommé d’après la ville de Permen Russie, est une période géologique comprise entre 300et 250 millions d’années avant notre ère. À cette époque, la dépression du bassin d’Autun formait un lac qui a été progressivement comblé par la sédimentation d’éléments organiques (poissons, algues) en donnant naissance aux horizons de schistes bitumineux qui renferment de nombreux fossiles. Le muséum d’histoire naturelle d’Autun possède des collections importantes issues de cet horizon géologique (Le muséum d’histoire naturelle d’Autun).
*Rhétien Période géologique qui correspond à l’étage le plus récent du Trias, entre 208 et 201 millions d’années avant notre ère.
*Trias Cette période géologique est comprise entre 250 et 200 millions d’années avant notre ère.
*Voie(s) d’Agrippa Vers 20 av. J.-C., on assiste à une profonde réorganisation administrative des territoires nouvellement conquis que les sources historiques attribuent à Agrippa, général romain alors présent en Gaule. Ainsi selon Strabon, il serait à l’origine de la mise en place d’un réseau routier qui aurait pris comme origine la colonie de Lyon nouvellement fondée. L’un de ces segments passant par Augustodunum est la voie dite de l’Océan, reliant Lyon à Boulogne sur-Mer via Chalon-sur-Saône, Autun, Auxerre, Sens et Beauvais.
Bibliographie
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Michel Kasprzyk, Pierre Nouvel. Les mutations du réseau routier de la période laténienne au début de la période impériale : apport des données archéologiques récentes, dans : Reddé M., Barral Ph., Favory F., Guillaumet J.-P., Joly M., Marc J.-Y., Nouvel P., Nuninger L., Petit Chr., Aspects de la Romanisation dans l’Est de la Gaule – 1, Bibracte ; 21, 2011, p. 105-128
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Labaune Y. (dir.), Alix S., Balcon-Berry S., Barrière V., Borau L., Cauuet B., Hostein A., Kasprzyk M., Louis A., Maurice-Chabard B., Nouvel P., Venault S., Autun antique, Guides archéologiques de la France, Editions du Patrimoine, Paris, 2015.
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Labaune Y., Meylan F., Bibracte et Autun au début de l’époque romaine : pour un regard croisé sur l’urbanisme et l’architecture, dans : Reddé M., Barral Ph., Favory F., Guillaumet J.-P., Joly M., Marc J.-Y., Nouvel P., Nuninger L., Petit Chr., Aspects de la Romanisation dans l’Est de la Gaule – 1, Bibracte ; 21, 2011, p. 105-128
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