Autun durant l’Antiquité tardive : prémices de la ville médiévale ?

Autun, plan de Pierre Saint-Julien de Balleure (1580). Le nord est en bas de la figure. On distingue le quartier de la ville haute délimité par l’enceinte de l’Antiquité tardive en haut et le quartier de Marchaux au centre de la carte, les deux pôles principaux de la ville médiévale. (©Archives de Saône-et-Loire)
Autun, plan de Pierre Saint-Julien de Balleure (1580). Le nord est en bas de la figure. On distingue le quartier de la ville haute délimité par l’enceinte de l’Antiquité tardive en haut et le quartier de Marchaux au centre de la carte, les deux pôles principaux de la ville médiévale. (©Archives de Saône-et-Loire)

Les opérations archéologiques réalisées à Autun ces trente dernières années permettent une première analyse de la dynamique spatiale d’Augustodunum durant l’Antiquité tardive, de la fin du IIIème au courant du Vème siècle. Le fait marquant est la rétraction progressive de l’aire urbaine, qui tend à se regrouper en deux pôles distincts à l’instar de la ville médiévale bien connue par un plan de 1580.

Le premier correspond à un quartier fortifié durant l’Antiquité tardive, situé dans la pointe sommitale de la ville au sud, un espace qui accueillera à l’époque médiévale les centres de pouvoir religieux et politique, à savoir le groupe épiscopal ainsi que le château de Riveau.

Le second se situe dans le centre monumental de la ville des Ier-IIIème siècles, où se développera au Moyen-Age le bourg de Marchaux doté d’une importante composante artisanale et commerciale.

Quelques repères chronologiques issus des recherches récentes illustrent cette phase de mutation de l’occupation urbaine.

Vers 200

La ville, fondée à l’époque augustéenne, est entourée d’un rempart depuis le début du Ier siècle délimitant un espace d’environ 200 hectares qui semble entièrement urbanisé au début du IIIème siècle. Pour cette période, la topographie de la ville est bien connue. Elle est quadrillée de rues se coupant à angle droit délimitant des îlots carrés ou rectangulaires d’environ 100 m de côté. La rue principale, le cardo maximus qui aboutit à la porte d’Arroux, est longée par les édifices du centre monumental : forum, thermes, temple d’Apollon, « écoles méniennes ». Les monuments de spectacles, théâtre et amphithéâtre, sont situés à l’écart, à l’est de la ville, contre le rempart. Les activités artisanales prennent également place dans les îlots jouxtant la fortification. Les maisons de l’élite, munies de salles de réception à mosaïque et généralement dotées d’une cour à péristyle, se déploient largement au cœur de l’espace urbain, entre le centre monumental et les îlots artisanaux.

A l’extérieur de l’enceinte, au lieu-dit la Genetoye, à la confluence de l’Arroux et du Ternin et le long d’une voie se dirigeant vers Bourges, les recherches récentes permettent d’étudier un vaste complexe religieux comportant plusieurs temples dont le temple dit de Janus, un théâtre et des thermes. Il s’agit probablement du sanctuaire civique des Eduens, à l’arrière duquel se développe un grand quartier artisanal dont l’essentiel de l’activité est tourné au début du IIIème siècle vers la production de vaisselle céramique et de figurines en terre cuite. 

Vers 270 

Évocation de militaires et leur équipement des années 270. (©A. Louis, ArcheoPictor)

Le quartier de la Genetoye semble abandonné dès le milieu du IIIème siècle. Seul le théâtre du haut du Verger semble encore fréquenté vers 270 par des militaires, qui sont également installés à l’intérieur de la ville. Cette présence militaire est peut-être à mettre en lien avec l’instabilité politique de l’époque, elle précède l’abandon de certains îlots et l’amorce d’une rétraction de l’occupation.

Les années 290-310

Le phénomène de déprise urbaine, amorcé vers 270, s’accentue significativement au tout début du IVème siècle.

On estime que la moitié des îlots urbains sont abandonnés vers 330, en particulier les îlots artisanaux du Haut-Empire, ceux accueillant théâtre et amphithéâtre, mais également un ensemble de maisons élitaires. Le sud de la ville et le quartier des spectacles semblent particulièrement touchés par ces désertions.

Parallèlement à ces abandons, un ensemble d’édifices publics bénéficient de chantiers de restauration, évoqués par les sources historiques, en particulier les Panégyriques latins, et dont l’existence a été confirmée ces dernières années par l’archéologie. C’est en effet à cette époque que la chaussée du cardo maximus est monumentalisée au moyen de grandes dalles de granite sur la totalité de son tracé (1,5 km). L’aqueduc urbain, dans le haut de la ville, ainsi que les thermes du forum, sont reconstruits. Enfin, les « écoles méniennes » sont bel et bien restaurées par le rhéteur Eumène. 

L’habitat élitaire se raréfie considérablement et tend à se concentrer à proximité du centre monumental, le long du cardo maximus.

Les années 350-400

Comme de nombreuses cités, Autun se dote d’une enceinte durant l’Antiquité tardive qui vient isoler la pointe sud de la ville sur une dizaine d’hectares de superficie. La courtine tardive mesure en moyenne 3,50 m de largeur, son tracé est scandé par un ensemble de tours pour la plupart, sinon toutes, de plan polygonal. Ses fondations sont composées d’une à deux assises de blocs de remploi de grand appareil. L’élévation est composée d’assises régulières de petits moellons. Sa date de construction doit encore être déterminée. A l’intérieur de ce réduit fortifié, on observe l’édification d’un ensemble de constructions maçonnées dont la nature demande encore à être précisée.  

Tronçon de l’enceinte de l’Antiquité tardive découvert lors de la fouille du Panoptique, les fondations composées de blocs de grand appareil en remploi sont caractéristiques. (©Y.Labaune, SAVA)

A cette période, l’espace urbain situé en dehors du quartier fortifié connaît de profondes transformations. La parure monumentale du Haut-Empire, et en particulier le forum, le temple d’Apollon et les « écoles méniennes » sont soigneusement démontés par les récupérateurs de matériaux. Certains blocs sont retaillés pour être réutilisés. Mais l’activité des récupérateurs semblent s’être largement concentrée sur le débitage des anciennes architectures en petits fragments destinés à être brûlés dans des fours afin de produire de la chaux. Cette activité pourrait témoigner de la mise en place de nouveaux chantiers de constructions qui restent à localiser. Peut-être dans le quartier fortifié ? L’hypothèse est tentante mais elle reste encore à prouver. En parallèle à ces vastes chantiers de démantèlement, de nouvelles formes d’occupation apparaissent dans l’ancien centre de la ville antique, souvent en façade des îlots désormais abandonnés et le long des rues qui continuent à être empruntées. Il s’agit désormais de constructions, non pas maçonnées, mais édifiées en matériaux périssables, en terre et bois. Elles accueillent fréquemment des activités artisanales qui ne sont plus cantonnées à la périphérie de l’enceinte augustéenne. 

En guise de conclusion

Les données archéologiques réunies ces trente dernières années montrent ainsi une profonde transformation de la topographie d’Augustodunum entre la fin du IIIème et le courant du Vème siècle. D’une ville pleinement occupée vers 200 sur l’intégralité de son assiette urbaine, on assiste vers 400 à l’émergence d’une ville multipolaire. Cette dernière semble composée de deux pôles principaux. Le premier perché à l’intérieur d’un réduit fortifié, occupé par des bâtiments maçonnés, le second en contrebas, dans l’ancien centre urbain, accueillant des édifices en terre et bois. Cette organisation préfigure possiblement ce que ce sera l’image bien connue de la ville d’Autun à la fin du Moyen-Age, avec sa « ville haute » et sa « ville basse » de Marchaux.

Ces premiers résultats, bien qu’encourageants, devront à l’avenir être confortés par la mise en place d’une stratégie de fouille adaptée permettant la mise en évidence et la caractérisation des vestiges du haut Moyen-Age, souvent difficiles à détecter et qui restent actuellement de véritables pièces manquantes du puzzle. Et de comprendre ainsi plus finement les modalités de mise en place du bourg de Marchaux, voire réviser sa date de fondation actuellement fixée aux XIIème-XIIIème siècle à partir des sources textuelles.

Évocation de la ville d’Autun Augustodunum à la fin du Vème siècle et de ses deux pôles d’occupation principaux. (©A. Louis, ArcheoPictor)