Le sanctuaire de la Genetoye : esquisse de l’évolution des aménagements

Un sanctuaire pré-romain

Un sondage réalisé sous les sols maçonnés antiques du temple dit de Janus a permis de découvrir les vestiges de deux temples laténiens successifs construits en terre et bois volontairement incendiés. Ces édifices cultuels étaient associés à des pratiques de dépôts de vases miniatures, de monnaies et de quelques rares autres objets (fibules et fragments de bracelets). Ces découvertes prouvent l’existence d’un sanctuaire préromain dont la présence a pu jouer un rôle dans le choix d’implantation topographique de la nouvelle capitale de cité des Éduens.  

L’époque augusto-tibérienne

A l’époque antique, le sanctuaire se développe le long de la voie de Bourges qui est construite à l’époque augusto-tibérienne en reprenant en partie le tracé d’un axe plus ancien, tardo-laténien. La construction de la voie semble contemporaine du creusement du grand canal reliant Arroux et Ternin marquant la limite du complexe.

Pour cette époque les vestiges cultuels à l’emplacement du temple dit de Janus sont très tenus et permettent de restituer un sanctuaire avec palissades, sols construits en graviers, aménagements en architecture de terre et bois dont le plan nous est inconnu.

Le milieu du Ier siècle de notre ère

La pétrification du sanctuaire situé à l’emplacement du temple dit de Janus intervient au milieu du Ier siècle de notre ère, avec l’édification d’un temple à plan centré au sein d’un péribole à portiques : des murs maçonnés sont édifiés pour la première fois, ils sont mêlés à des pièces de bois.  A l’extérieur du péribole périphérique, une fosse de vidange d’offrande a livré un ex-voto en bronze sur lequel le théonyme Ieniecus est inscrit et qui pourrait être le nom de l’une des divinités tutélaires gauloises du sanctuaire.

C’est à cette époque qu’est édifié le théâtre maçonné du haut-du-Verger qui semble sceller une possible occupation artisanale augusto-tibérienne. Dans son premier état, le monument mesure 70 à 80 mètres de diamètre. Seul le mur périphérique est assuré, il pourrait être associé au premier état de la rangée inférieure de gradins et de l’orchestra (espace semi circulaire entre la scène et les gradins). Pour cette époque on compte au moins deux rangées de gradins. Concernant les accès de ce premier théâtre, seuls une cage d’escalier longeant la façade diamétrale et l’aditus ont été observés (l’aditus est un couloir permettant aux couches aisées de la population d’accéder directement aux meilleurs gradins, proches de la scène).

L’époque flavienne, vers 70.

Une phase de réaménagement important à l’échelle du complexe se perçoit à l’époque flavienne, vers 70. 

La voie de Bourges, l’axe structurant du complexe, est reconstruite suivant une nouvelle orientation qui est désormais perpendiculaire à la voie d’accès au théâtre du haut-du-Verger.

Le temple dit de Janus est de nouveau complètement reconstruit, en reprenant et agrandissant le plan précédant. Les murs sont désormais larges et profondément fondés, et à partir de cette époque les structures sont entièrement maçonnées. L’accès au temple est désormais contrôlé et se fait depuis un vestibule donnant accès à la galerie entourant la cella. Les dimensions de la cella correspondent désormais aux dimensions de la tour conservée en élévation. Le temple s’élève à l’intérieur d’un espace sacré délimité par un quadriportique (couloir à colonnade entourant l’édifice sur ses quatre côtés). L’espace sacré accueille également un ensemble de bâtiments liés au culte dont la nature doit encore être précisée.

Le théâtre du haut-du-Verger est agrandi au cours de cette période pour atteindre désormais un diamètre d’environ 116 m. La cavea a été étendue, une rangée de gradins (maenianum) supplémentaire a été ajoutée, retenue par un nouveau mur périphérique. La façade diamétrale de l’édifice a également été prolongée ce qui a permis de mettre en place des basiliques dans les angles du monument (il s’agit d’une sorte de « hall d’accueil », de part et d’autre du théâtre, qui permet d’accueillir les spectateurs et de les diriger en direction des gradins). Il est possible désormais de pénétrer dans l’édifice par les aditus (couloirs monumentaux permettant d’accéder aux meilleurs gradins) et par six accès situés aux deux extrémités de la façade.

Plus au sud, l’édifice thermal est édifié à un emplacement vierge de toute construction antérieure, à l’emplacement présumé d’un ancien espace sacré du sanctuaire.

Enfin on assiste à la mise en place de la couronne d’« ateliers-boutiques » ceinturant le sanctuaire à l’arrière du quartier artisanal.

Le IIème siècle

Par la suite, le temple dit de Janus a subi plusieurs campagnes de réfections plus ou moins importantes. La cella a entièrement été reconstruite, peut-être dans les deux derniers tiers du IIème siècle. Le sol de la tour centrale a été rehaussé de plus de 1,25 m et un escalier a dû être aménagé dans le prolongement du vestibule afin d’accéder à la cella, coupant la galerie en deux. Un seuil ou une porte a été aménagé entre le vestibule et l’escalier. Pour cette période le registre décoratif est constitué d’ordres sculptés, de placages, de revêtements peints et de stucs. Les vestiges du temple actuellement visibles correspondent a priori à cette ultime phase de construction.

Le début du IIIème siècle.

Une nouvelle phase de monumentalisation a été détectée au début du IIIème siècle, de manière très évidente au niveau du théâtre du haut-du-Verger. Une vaste salle à abside est ajoutée à l’extérieur du monument. Il s’agit d’un espace très ouvert qui monumentalise l’extrémité de la voie reliant le théâtre au temple dit « de Janus ». Plusieurs fragments de colonnes, d’ordre toscan, ainsi qu’une inscription, ont été découverts face à l’entrée du parascenium sud(salle située à l’extrémité de la scène). Cette dernière mentionne probablement les travaux réalisés et le nom du donateur qui ne nous est malheureusement pas parvenu. Les ouvertures de cette salle, près de 6 m de large, permettaient peut-être aux spectateurs de poursuivre le long de la façade rectiligne du monument pour rejoindre le parascenium nord.

Il reste difficile dans l’état actuel du dossier de savoir si ces travaux sont limités à l’édifice de spectacle ou s’ils correspondent à des réaménagements à plus large échelle de la panoplie monumentale du complexe. Quelques indices plaideraient certes en faveur d’un agrandissement de l’édifice thermal par l’ajout d’une vaste exèdre au nord après la fin du IIème siècle. En revanche les aménagements les plus récents rencontrés au temple dit de Janus se révèlent très difficiles à dater de manière absolue.

Le milieu du IIIème siècle.

L’ensemble du complexe paraît ensuite rapidement abandonné au milieu du IIIème siècle. Le sanctuaire, tout comme le quartier artisanal, ne semblent plus fréquentés, à l’exception notable du théâtre du haut-du-Verger qui aurait accueilli des militaires comme le suggèrent les découvertes de mobilier en lien avec l’armée des années 260-280. Cet épisode serait à mettre en relation avec le siège de la ville par Victorin lors de l’hiver 269-270.