Le programme de recherches mené sur le quartier périurbain antique de la Genetoye
L’origine du projet
C’est en partie pour répondre à la question historique du transfert de la capitale des Eduens dans le cadre de la réorganisation administrative de la Gaule qui suit la conquête, depuis Bibracte au sommet du Mont-Beuvray au profit d’une zone de la vallée d’Arroux plus facile d’accès, qu’ont été engagées en 2012 de nouvelles recherches à l’emplacement du complexe antique de la Genetoye, en situé en périphérie immédiate de l’antique cité d’Autun-Augustodunum.
L’un des apports les plus importants de ces dix années de recherches est la preuve de l’existence d’un sanctuaire pré-romain dont l’origine remonte au IIIème siècle avant notre ère. Le schéma d’implantation d’une capitale de cité à proximité immédiate d’un sanctuaire pré-romain semble donc validé dans le cas d’Autun / Augustodunum. Toutefois le modèle qui paraît se distinguer, à partir des cas de Langres, Sens et Besançon, n’est pas entièrement respecté ici. Il manque en effet les preuves de l’existence d’une agglomération de plaine gauloise.
Portées par l’UMR 6298 Artehis et coordonnées par Y. Labaune (SAVA), les investigations menées à partir de 2013 ont associé le Service Archéologique de la Ville d’Autun, l’Inrap, un ensemble d’universités et le CNRS, avec le soutien logistique de Bibracte.
Les recherches ont été structurées autour :
de la reprise de la documentation existante (en particulier les clichés aériens),
d’investigations géophysiques extensives menées sur une quarantaine d’hectares (au moyen de méthodes variées et complémentaires, en particulier magnétique, radar, électro-magnétique),
d’un ensemble de fouilles programmées (une trentaine de fenêtres de fouilles ont été ouvertes).
Deux premières équipes ont eu pour objectif d’explorer en aire ouverte les deux édifices phares de la panoplie monumentale du sanctuaire, à savoir le temple dit de Janus et le théâtre du haut du Verger, dans le cadre de fouilles pluriannuelles.
Six campagnes de fouilles se sont succédées de manière continue au niveau du temple sous la direction de M. Joly (Université de Toulouse) et Ph. Barral (Université de Franche-Comté).
Trois campagnes de fouilles ont été menées sur l’édifice de spectacle sous la direction de F. Ferreira (Université de Paris-Sorbonne). Ce théâtre se distingue par son mode de construction : il s’agit en effet de l’un des rares théâtres de l’Occident romain construit entièrement sur des structures creuses en dehors de la capitale de l’Empire. Sa construction au milieu du Ier siècle de notre ère a été encouragée par la présence du sanctuaire voisin avec lequel il entretient une relation urbanistique forte et dont il semble suivre le rythme de monumentalisation.
Enfin, une campagne sous la direction de M. Thivet (Université de Franche-Comté) a concerné un bâtiment à exèdre remarquablement original, mais dont le mauvais état de conservation empêche une interprétation claire et définitive. Bien qu’aucune hypothèse ne puisse malheureusement totalement prévaloir sur une autre, celle d’un établissement thermal muni de latrines semble correspondre aux quelques caractéristiques du monument encore observable sur ses ruines.
La structuration du complexe et l’exploration du quartier des artisans
Une troisième équipe a étudié les limites et la structuration du complexe, mais aussi la fonction et la chronologie d’un ensemble d’espaces reconnus par les prospections géophysiques sur le quartier des artisans.
Huit campagnes de fouilles pluriannuelles en aire ouverte se sont succédées de manière continue. Les trois premières ont été dirigées par M. Thivet (Université de Franche-Comté), les cinq suivantes par S. Alix (Inrap).
Les premiers jalons ont été posés pour étudier et replacer dans son contexte régional le quartier artisanal de la Genetoye. Ce site de production, inconnu avant les fouilles engagées en 2013, se révèle désormais le plus grand et le plus dense pour la fabrication de céramique à Autun. Il abrite également des ateliers de coroplastie (fabrication de figurines), dont ceux du célèbre Pistillus.
La comparaison entre les données géophysiques et les espaces fouillés permettent de proposer la présence d’au moins 75 fours de potiers, potentiellement jusqu’à 150 si on inclut les signatures moins caractéristiques. Les relations entretenues avec le pôle de production céramique de Gueugnon, situé dans la vallée de l’Arroux et distant d’une cinquantaine de kilomètres, paraissent multiples et semblent se justifier par leur proximité géographique.
L’occupation du secteur de confluence avant l’époque romaine
Enfin, une quatrième équipe placée sous la direction de F. Ducreux (Inrap) s’est attachée à étudier les modalités d’occupation de ce secteur de confluence à la période pré- et protohistorique ancienne, en explorant au cours de cinq campagnes de fouilles une grande enceinte palissadée à fossés interrompus accueillant plusieurs bâtiments et un ensemble d’enclos qui devaient délimiter des sépultures. Habitat et monuments funéraires paraissent avoir fonctionné simultanément, au cours du Néolithique moyen.