Les premières occupations sur le territoire

Le néolithique

Les découvertes et études successives ont permis d’identifier une importante occupation néolithique à Autun et dans les environs. Outre une série d’objets isolés, notamment des haches polies et des silex, deux sites importants ont pu être identifiés.

Le premier, au Champ de la Justice, à Saint-Pantaléon, concerne un agencement de menhirs dont la datation reste incertaine. Seuls cinq menhirs restent visibles parmi les trente recensés. Les monolithes ont été brièvement exhumés puis rapidement réenfouis au cours du XIXème siècle. À proximité des menhirs, plusieurs milliers d’outils lithiques ont été découverts dans les labours. Une partie d’entre eux, conservée au muséum d’histoire naturelle d’Autun, a été récemment étudiée : une petite partie est attribuée au Chasséen, l’essentielle au Néolithique moyen bourguignon et de rares éléments au Néolithique final.

Le second site, situé aux Grands Champs, à la confluence de l’Arroux et du Ternin, se caractérise par une vaste enceinte d’environ 400 m de long sur 200 m dans sa partie la plus large, et d’une surface d’environ 10 ha. De forme ovoïde, l’enceinte est cernée par deux fossés interrompus concentriques et présente une palissade interne. Elle a été révélée par la photographie aérienne en 1976, son plan a été affiné en 2013 par une campagne approfondie de prospection géophysique et elle a bénéficié de plusieurs campagnes de fouilles programmées sous la direction de F. Ducreux, entre 2017 et 2021 dans le cadre du programme collectif de recherches « Autun La Genetoye ».

À l’intérieur de l’enceinte, trois édifices sur poteaux plantés ont été fouillés en périphérie de la palissade. La présence de cet habitat est assez inattendue, les enceintes de ce type étant généralement vides de toute structure. L’enceinte et ces constructions ont été édifiées au début du Néolithique moyen, aux environs de 4800 avant notre ère, par un groupe humain porteur d’affinités culturelles occidentales, attestées jusqu’en Bretagne. L’enceinte est agrandie puis occupée jusqu’à la fin du Néolithique moyen, que l’on situe vers 3600 avant notre ère. Du point de vue culturel, les connexions se tournent désormais vers le nord-est de la France et les groupes culturels de la vallée rhénane d’une part et la culture chasséenne, d’origine méridionale, dont la déclinaison régionale est représentée par le site éponyme de Chassey-le-Camp d’autre part.

Quelques centaines de mètres à l’ouest de l’enceinte, un menhir s’élevait à Pierrefitte ; il a été démantelé au XIXème siècle.

Pierre-Fitte.
La Pierre d'Auxy.
Les Pierres d'Epoigny.
Menhirs de Pierrefitte à Autun (à l’ouest de l’enceinte néolithique des Grands Champs), d’Auxy et d’Epoigny à Couches. Relevé du XIXème siècle. (©Archives numérisées de la Société Eduenne conservées au SAVA)

À l’est de l’enceinte et à proximité du Ternin, en limite de terrasse alluviale, les prospections géophysiques ont révélé un nouvel ensemble de structures fossoyées. Il s’agit d’un groupe de trois enclos globalement similaires presque accolés les uns aux autres, formant ainsi une sorte de grappe. L’un d’entre eux, fouillé par F. Ducreux en 2022 et 2023, possède une forme ovalaire et mesure 26 m de longueur pour 19 m de largeur. Une entrée est perceptible au nord-est, marquée par l’interruption du fossé périphérique. La seule structure conservée à l’intérieur de l’enclos est la fosse d’implantation d’un menhir, certainement brisé lors de travaux agricoles, dont seule la base est conservée. Ces enclos pourraient jouer un rôle cultuel ou plutôt funéraire, mais l’état de conservation ne permet pas de trancher. Ils paraissent contemporains de l’habitat à l’intérieur de la grande enceinte.

L’Age du Bronze

Jusqu’en 2008, l’âge du Bronze à Autun et ses environs n’était attesté que par un ensemble d’objets isolés découverts il y a longtemps – faucille, hache, poignard, marteau de dinandier, sistre, tube à bélières, épingles, lingots – à l’occasion de travaux réalisés sur les communes d’Autun, mais aussi d’Antully, de Curgy et de Dracy-Saint-Loup, ainsi que dans l’enceinte du domaine de Montjeu. Leur piste a été retrouvée par les études en archives et la reprise des collections anciennes du musée des Antiquités nationales (Saint-Germain-en-Laye) et du British Museum (Londres).

Cette documentation est désormais complétée par le résultat de trois interventions archéologiques qui ont permis de mettre au jour des sites structurés. Les trois gisements relèvent de l’âge du Bronze final II et III (environ 1100-700 avant notre ère).

Le plus ancien a pu être daté du Bronze final II grâce à l’utilisation de la méthode radiocarbone*, et a perduré entre le XIème et le Xème siècle avant notre ère : il concerne un petit habitat ouvert se développant à Pont-l’Évêque au niveau d’un promontoire peu élevé, à sommet tabulaire, dominant le ruisseau de l’Acaron fouillé entre 2008 et 2009 par l’Inrap et le SAVA. Il se caractérise par des structures domestiques très arasées (fosses polylobées, silo), qui recelaient pour l’essentiel du mobilier céramique brûlé, à l’exception d’une fosse qui renfermait une faucille à bouton d’un type déjà bien connu dans la région. Sa présence dans le remplissage d’une structure d’habitat et son très bon état de conservation en font une pièce exceptionnelle pour la région.

À la confluence de l’Arroux et du Ternin, les recherches programmées entreprises aux abords du théâtre du Haut-du-Verger ont permis de mettre en évidence en 2013 un dépôt de crémation, mais également des rejets domestiques : l’assemblage funéraire et le mobilier du dépotoir laisseraient penser qu’ils datent du Bronze final IIb et relèveraient de la mouvance culturelle RSFO*. Ces premiers indices trahissent la présence d’un site en excellent état de conservation (paléosols conservés) peut-être en partie sous l’édifice de spectacle antique. Le paléosol se poursuit en direction du Ternin, les fouilles montrant qu’il vient sceller la grappe de petits enclos ovalaires néolithiques fouillés par F. Ducreux en 2022 et 2023.

Enfin, un diagnostic archéologique mené par l’Inrap en 2013 rue Saint-Antoine, dans la partie méridionale de la ville antique, a permis de détecter la présence de sols du Bronze final III que les datations radiocarbones situent entre les Xème et IXème siècles avant notre ère. Ils ont été préservés des terrassements de l’époque romaine.

Le premier âge du Fer

Pendant longtemps, le premier âge du Fer, la période de Hallstatt (environ 1200 à 475 avant notre ère), n’était pas représentée sur le territoire. En 2011, un diagnostic réalisé par Y. Labaune (SAVA) préalablement au développement d’une ZAC à Bellevue, dans la plaine alluviale du Ternin, a permis de repérer pour la première fois dans l’Autunois un habitat du Hallstatt C-D1 (800 à 550 environ avant notre ère). Ce site est caractérisé par une fosse polylobée très arasée mais riche en mobilier : on note d’assez nombreux tessons de vases céramiques, des objets indéterminés en terre cuite, de possibles fragments de foyers et un morceau de bracelet en schiste.

Le second âge du Fer

Jusqu’en 2013, la période laténienne n’était attestée à Autun que par la découverte ancienne de trois petits bronzes, l’un d’origine grecque, les deux autres étrusco-italiques, que l’on peut dater entre le Vème et le IIIème siècle avant notre ère, conservés au musée Rolin. Leur provenance exacte (une tombe princière ?) n’est pas renseignée.

Statuette d’origine étrusco-italique en alliage cuivreux (Vème-IIIème siècles avant notre ère) découverte au XIXème siècle sur la commune d’Autun. (©B. Maurice-Chabard, musée Rolin)

Des sondages préliminaires effectués par Y. Labaune (SAVA) avant un projet de construction rue des Drémeaux, dans le suburbium* oriental à 200 m de là, ont été l’occasion de découvrir, en limite de terrasse alluviale, quelques indices structurés protohistoriques (deux fossés parallèles de drainage ou parcellaire ?) scellés par des dépotoirs antiques. Le mobilier céramique piégé dans les horizons les plus anciens concerne le Hallstatt C-D1 et le Hallstatt D3-Tène C (500 à 150 avant notre ère). L’étroitesse de la fenêtre d’observation ne permet pas de mieux caractériser le gisement.

Horizons laténiens reconnus en 2013 rue des Drémeaux en périphérie orientale d’Autun. (©Y. Labaune, SAVA)

Dans le cadre du programme collectif de recherche engagé sur la confluence Arroux Ternin, le temple dit de Janus a bénéficié de six campagnes de fouilles programmées entre 2013 et 2018. A cette occasion, un sondage de 35 m² a été réalisé sous les sols maçonnés antiques de la cella du temple conservée en élévation.  Il a permis de découvrir les vestiges de deux temples laténiens successifs construits en terre et bois volontairement incendiés, associés à des pratiques de dépôts de vases miniatures, de monnaies et de quelques rares autres objets (fibules et fragments de bracelets). Ces recherches prouvent l’existence d’un sanctuaire préromain dont la présence a pu jouer un rôle dans le choix d’implantation topographique de la nouvelle capitale de cité des Éduens.   

*Datation radiocarbone  Méthode de datation radiométrique fondée sur la mesure de l’activité radiologique du carbone 14 contenu dans la matière organique dont on souhaite connaître l’âge absolu

*RSFO La culture RSFO (Rhin Suisse France Orientale) est la principale culture archéologique reconnue en France continentale au Bronze final

*Suburbium Quartiers périphériques de la cité


Bibliographie

Ducreux 2023

Ducreux F., Le site des « Grands-Champs » à Autun. Résultats de quatre années de fouilles sur une enceinte palissadée du Néolithique moyen, actes de la journée d’actualité archéologique en Pays Eduen du 22 octobre 2021, SAVA, Autun, 2022, p. 7-22.

Ducreux 2021

Ducreux F., L’enceinte néolithique des Grands-Champs à Autun (Saône-et-Loire). Résultats de trois ans de recherches, actes de la journée d’actualité archéologique en Pays Eduen du 13 mars 2020, SAVA, Autun, 2021, p. 39-46.

Ducreux 2020

Ducreux F., Deuxième année de fouille sur le site de l’enceinte néolithique d’Autun, Grands-Champs, actes de la journée d’actualité archéologique en Pays Eduen du 29 mars 2019, SAVA, Autun, 2020, p. 7-16.

Ducreux 2019

Ducreux F., Présentation des résultats de la campagne de fouilles 2017 du PCR sur le complexe de la Genetoye : l’enceinte néolithique, actes de la journée d’actualité archéologique en Pays Eduen du 30 mars 2018, SAVA, Autun, 2019, p. 17-26.