La ville antique d’Autun Augustodunum à son apogée

La ville d’Augustodunum est fondée à la fin du premier siècle avant notre ère afin de devenir le nouveau chef-lieu de la cité des Eduens. Le transfert de Bibracte à Autun s’est opéré par étapes successives, entre la dernière décennie avant notre ère et le début du règne de Tibère (De Bibracte à Augustodunum)

Le territoire éduen à la fin du Haut-Empire (IIème-IIIème siècles) ; localisation de Bibracte et Autun-Augustodunum. (©D’après M. Kasprzyk, Inrap et P. Nouvel, Université Bourgogne-Europe)

Le passage de la grande voie dite de l’Océan édifiée peu après la conquête, menant de Lyon à Boulogne-sur-Mer, mais également une occupation cultuelle laténienne à l’emplacement du complexe de la Genetoye (Le temple de Janus; Le quartier de la Genetoye à l’époque romaine), ont certainement présidé au choix topographique de ce secteur de la plaine alluviale pour y implanter la nouvelle capitale.      

En l’absence de données épigraphiques, la date de fondation de la ville reste encore imprécise. Son statut juridique n’est quant à lui pas connu avec certitude à sa création, simple cité fédérée ou bien colonie de droit latin. Elle est dotée dès l’origine d’une enceinte, percée de quatre portes monumentales, qui englobe un espace urbain de près de 200 hectares. Les recherches récentes tendent à abaisser la datation de l’enceinte, mais également des portes – en particulier la porte d’Arroux – d’une vingtaine d’années, de l’époque tardo-augustéenne à l’époque augusto-tibérienne. On présume l’existence d’au moins trois accès secondaires durant l’Antiquité qui restent pour l’instant insuffisamment documentés et mal datés.

La topographie urbaine du Haut-Empire est bien cernée par les travaux d’A. Rebourg, de P. Chardron-Picault et par les multiples recherches réalisées ces vingt dernières années. L’occupation urbaine attestée par l’archéologie est rarement antérieure au changement d’ère et les données les plus fournies relèvent du IIIème siècle, période la mieux documentée par les fouilles.  

La ville adopte une trame urbaine parfaitement orthonormée, délimitant des ilots de formes standardisées qui ont pu être individualisés et numérotés, permettant ainsi de les caractériser en fonction de la nature de leur occupation (habitat, artisanat, monumental). On dénombre ainsi quinze rues décumanes et dix rues cardinales qui délimitent environ 150 îlots de plan carré ou rectangulaire, qui seront intégralement occupés au cours du IIIème siècle comme le suggère l’ensemble des interventions réalisées à ce jour.

Le projet urbain semble avoir prévu l’existence d’ilots plus vastes pour accueillir des infrastructures monu­mentales, en façade du cardo maximus, la rue principale qui marque le passage de la voie de l’Océan à l’intérieur de la ville. C’est dans cette rangée d’îlots qu’il est possible de localiser les principaux monuments attestés au Haut-Empire : le forum, un ensemble thermal monumental, un sanctuaire d’Apollon et le monument dit de la place de Charmasse.        

Hypothèse de restitution du centre monumental IIIème siècle. 1 : les Ecoles Méniennes ; 2 : le sanctuaire d’Apollon ; 3 : les thermes monumentaux du forum ; 4 : le cardo maximus ; 5 : le monument de la place de Charmasse, possible nymphée (ou place hémicirculaire ?) ; 6 : riches maisons urbaines dites de Balbius Iassus et à l’Etui d’Or ; 7 : riche maison urbaine du parking de l’Hexagone. (©A. Louis, ArcheoPictor)
  • Le forum se développerait sur deux ilots, VIII-IX 8 et VIII-IX 9. Il serait encadré par les deux rues décumanes menant aux portes dites de Saint-Andoche et de Saint-André et traversé par le cardo maximus. Il mesurerait 240 m par 160 m, pour une surface de près de 4 hectares. Les observations, pour la plupart anciennes, restent lacunaires. L’ilot VIII-IX 8 a révélé un massif maçonné de plus de 1000 m² de superficie, centré au cœur de l’îlot, peut-être les fondations d’un temple (du culte impérial ?). L’îlot VIII-IX 9 accueille des vestiges évoquant quant à eux des cryptoportiques*. La découverte de plusieurs textes officiels du Ier siècle qui sont généralement affichés sur le forum, mais également de blocs en remplois appartenant à un ou plusieurs monuments de grandes dimensions confirment cette identification.
  • Un ensemble de découvertes anciennes (tubulures, bassins, collecteurs d’eau usée) suggère que l’îlot IX-X 8, située immédiatement au sud des emplacements présumés du forum et du temple du culte impérial, accueille un vaste ensemble thermal. La découverte en 2018 d’un nouveau bassin et d’un système d’adduction d’eau tend à confirmer cette hypothèse.   
  • Sur la base de l’étude architecturale d’un important corpus lapidaire marmoréen découvert par A. Rebourg en 1986 lors de la fouille du Pavillon Saint-Louis et de l’analyse fine de l’environnement archéologique, les îlots XI-8 et XII-8 sont réputés accueillir un sanctuaire comprenant un grand temple à plan centré circulaire, comparable en dimensions à la tour de Vésone à Périgueux. Il pourrait s’agir du temple d’Apollon mentionné en 298 par le rhéteur Eumène.
  • Les vestiges du monument de la place de Charmasse s’élèvent actuellement à l’emplacement de l’îlot XIII-8. Il a été proposé d’interpréter ces ruines comme les restes d’un nymphée* monumental.  L’hypothèse d’une exèdre* monumentale marquant un espace public situé en bordure du cardo maximus a également été avancéesur le modèle d’une vaste structure hémicirculaire interprétée comme une place publique à Beauvais.
Face méridionale des vestiges conservés du monument place de Charmasse. (©Y. Labaune, SAVA)

Un important complexe monumental a été mis au jour en 2011 en bordure du cardo maximus, dans l’îlot XI-9 situé en face du sanctuaire à Apollon précédemment cité. Il a été vraisemblablement édifié au début du IIème siècle à l’emplacement d’anciennes domus. La nature des vestiges et leur localisation permet de supposer qu’il s’agit de la schola dont la restauration est projetée par le rhéteur Eumène en 298.    

Les monuments de spectacle, théâtre et amphithéâtre, s’élèvent quant à eux en périphérie orientale de l’enceinte, à proximité d’un probable accès secondaire.

L’habitat élitaire est attesté par la découverte de domus à péristyle et d’un ensemble de 32 pavements de mosaïque des années 150-230 réparti en périphérie du centre monumental, auquel il faut rajouter de nombreuses découvertes inédites, ornant les salles de réception. Pour cette époque, la séparation spatiale entre l’habitat aisé et les activités artisanales est nette, les îlots artisanaux sont relégués à la périphérie de l’enceinte, en particulier au nord et au sud de la ville.

A l’extérieur de l’enceinte, au lieu-dit la Genetoye, à la confluence de l’Arroux et du Ternin et le long d’une voie se dirigeant vers Bourges, les recherches récentes réalisées entre 2013 et 2023 permettent d’étudier un vaste complexe religieux, probablement le sanctuaire civique des Eduens. Son plan est désormais bien connu grâce à une couverture géophysique extensive. Il comprend plusieurs temples, dont le temple dit « de Janus », un théâtre, des thermes, trois monuments qui ont bénéficié de plusieurs campagnes de fouilles. Schématiquement le sanctuaire est cerné d’une couronne de forme polygonale d’« ateliers boutiques » à l’est duquel se développe un vaste quartier artisanal, jusqu’alors inédit, qui lui aussi a pu être partiellement fouillé. La présence d’un sanctuaire pré-romain est avérée (supra). Deux phases importantes de réaménagement de la panoplie monumentale se perçoivent d’une part à l’époque flavienne et d’autre part au début du IIIème siècle La fréquentation du complexe cesse autour du milieu du IIIème siècle. 

La topographie funéraire du Haut-Empire et son évolution durant l’Antiquité tardive ont fait l’objet de synthèses récentes. On retiendra que six nécropoles du Haut-Empire ont été individualisées. L’une d’entre elles, la nécropole des Champs Saint Roch / Pont-l’Evêque a été presque intégralement fouillée entre 2004 et 2008. Plusieurs grands mausolées a priori précoces sont attestés, tous situés en bordure de la voie dite de l’Océan ou bien visible depuis cette route. Le premier, conservé en élévation, est pyramidal, la « Pyramide [ou Pierre] de Couhard ». Trois autres sont turriformes. L’un a été repéré en photographie aérienne en 2003. Les deux autres, le mausolée dit « de la Gironette » (appelé également « temple de Proserpine ») et le « temple de Pluton », visibles au XIXème siècle ont été démantelés depuis et sont désormais uniquement connus par des gravures anciennes. Ils adoptent le plan des grands tombeaux circulaires de tradition républicaine, s’inspirant du modèle d’Alexandre le Grand. Ils pourraient dater du début de la dynastie julio-claudienne.

* Cryptoportique Galerie voûtée, souterraine ou en partie enterrée, destinée à la circulation, à la promenade, au commerce, au stockage des marchandises.

* Exèdre Partie de l’édifice adoptant un plan semi-circulaire

* Nymphée Fontaine monumentale ou édifice bâti autour d’une fontaine ou d’un bassin