La Porte d'Arroux d'Autun

La porte d’Arroux

La porte d’Arroux s’élève à l’extrémité septentrionale du cardo maximus, au nord-ouest de l’enceinte d’Autun. Elle ouvre sur le tracé de la voie dite de l’Océan qui file en direction de Boulogne-sur-Mer. Parmi les quatre portes monumentales que possédait la fortification, elle est la mieux conservée avec la porte Saint-André, mais surtout la plus homogène. Sa construction remonte au règne d’Auguste.

Les soubassements sont réalisés en grès d’arkose du Bois des Crots extrait du plateau d’Antully, à une dizaine de kilomètres d’Autun. L’élévation est édifiée en blocs de grand appareil assemblés à joints vifs, taillés dans un calcaire blanc qui a été exploité jusqu’en 1963 sur la commune de Fontaines aux Carrières Blanches, à quelques kilomètres au nord de Givry, soit à 35 km environ d’Autun.

Large de 19 m (entre les tours de flanquement), haute de 16 m et profonde de 4,50 m, elle présente quatre passages au niveau de la chaussée : deux principaux, au centre dans l’axe de la voie, et deux latéraux de moindre taille dans l’alignement des trottoirs. Les baies centrales mesurent 7,70 m de hauteur pour une largeur d’environ 4,40 m, les baies latérales mesurent un peu plus de 4,50 m de hauteur pour une largeur de l’ordre de 1,65 m à 1,67 m. Au sein de ses deux baies centrales, on observe la présence de sillons verticaux entre lesquels était manœuvrée une herse : les traces de frottement visibles sur les blocs situés à l’aplomb des deux saignées permettant à la herse de s’escamoter révèlent que ces herses étaient bel et bien fonctionnelles. Les traces en forme de chevrons sur le piédroit central sont celles laissées par la toiture de la chapelle Notre Dame d’Arroux édifiée à la fin du Moyen-Age contre la porte, côté campagne.

Au premier étage, elle comporte une galerie, partiellement conservée, composée à l’origine de deux pans scandés par dix arcades chacun. Cet espace de circulation couvert assurait la continuité du chemin de ronde entre les deux tours qui flanquaient initialement la porte et qui ont été détruites anciennement. Deux tours de flanquement sont encore visibles à Autun, la tour nord de la porte Saint-André et la tour sud de la porte Saint-Andoche. Elles possèdent un plan « en forme de fer à cheval », arrondies côté campagne et à talon droit côté ville et leur parement, en petit appareil, est construit en moellons rectangulaires de grès fin du Rhétien. 

Des recherches récentes ont démontré l’existence d’une cour intérieure quadrangulaire, actuellement détruite, dont il ne reste plus en réalité que la partie tournée vers la campagne. Des maçonneries reliaient initialement la partie conservée de la porte à un corps de bâtiment tourné vers l’intérieur de la ville, une dizaine de mètres en retrait. Ce type de dispositif, bien connu en Italie ou dans le sud de la Gaule, créait un sas entre ville et campagne permettant le contrôle des personnes et des marchandises. Le parallèle le plus proche, architecturalement et chronologiquement parlant, est sans aucun doute la porte Auguste de Nîmes, mais bien d’autres sites peuvent aussi être cités, comme Turin, Aoste, Concordia Sagittaria en Italie ou encore Toulouse.

Les portes du rempart sont-elles des ouvrages à vocation défensive ou leur fonction est-elle plutôt symbolique ? Pour la porte d’Arroux, qui s’élève dans l’alignement d’un pont et au milieu d’une pente ascendante pour le voyageur, il est clair que sa monumentalité est liée à une volonté de mettre en scène la grandeur de la ville. Dans le même ordre d’idée, l’harmonie des proportions et des jeux de symétrie, l’ampleur des dimensions, la finesse du décor architectural visible sur les pilastres, les chapiteaux et les corniches, l’éclat du calcaire immaculé ou encore la qualité de la taille et de la mise en œuvre de ces blocs dont on ne distingue pas toujours les joints ne font pas penser à un austère ouvrage fortifié.


Bibliographie

Barrière 2012

Barrière V., Les portes de l’enceinte antique d’Autun et leurs modèles (Gaule, Italie, provinces occidentales de l’Empire romain), thèse réalisée sous la direction d’O. de Cazanove, Archéologie et Préhistoire. Université de Bourgogne, 2012. Français. ⟨NNT : 2012DIJOL042⟩. ⟨tel-01124095⟩

Labaune et alii, 2015 

Labaune Y. (dir.), Alix S., Balcon-Berry S., Barrière V., Borau L., Cauuet B., Hostein A., Kasprzyk M., Louis A., Maurice-Chabard B., Nouvel P., Venault S., Autun antique, Guides archéologiques de la France, Editions du Patrimoine, Paris, 2015.

Rebourg 1998

Rebourg A., L’urbanisme d’Augustodunum (Autun, Saône-et-Loire), Gallia, 55, 1998, p. 141-236.

Rebourg 1993

Rebourg A., Autun, 71/1, carte archéologique de la Gaule, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, ministère de la Culture, 1993.