Le temple de Janus d'Autun

Le temple dit de Janus

Les archives de la société Eduenne conservent une riche documentation iconographique des XVIIIème et XIXème siècles de ce monument emblématique, partiellement fouillé en 1871 par Jacques Gabriel Bulliot. 

Le temple dit de Janus s’élève à l’extérieur des remparts de la ville antique, à la confluence entre le Ternin et la rivière Arroux, au sein du quartier périurbain de la Genetoye qui accueille le sanctuaire civique des Eduens ainsi qu’un vaste quartier artisanal. Il s’agit de l’un des édifices cultuels de ce type les mieux conservés de Gaule avec la tour de Vésone à Périgueux. Des fouilles programmées entre 2013 et 2018 ont complétement renouvelées nos connaissances sur l’architecture de ce temple et sa chronologie (Le quartier de la Genetoye à l’époque romaine).

Une offrande mise au jour lors de ces fouilles à l’emplacement du temple mentionne la divinité indigène « Ieniecus », qui pourrait être l’un des dieux du sanctuaire. Pour l’instant ce dieu n’est attesté qu’à Autun. Cette découverte confirme que l’hypothèse d’un culte à « Janus » est bel et bien fausse. Elle semble en effet issue d’une mauvaise interprétation du toponyme « Genetoye », qui renvoie plutôt aux genêts.

Offrande de type ex-voto. L’inscription est réalisée sous la forme d’une succession de points emboutis qui comporte quatre lignes : La première porte le nom du dieu : DEO IENIECO (« au dieu Ieniecus »). La seconde mentionne le nom du dédicant, citoyen romain affecté des tria nomina : « C(aïus) Camellius Ascanius ». Sur la troisième, on lit PRO SALUTE AVITAE FILIAE SVAE (« pour la sauvegarde de sa fille Avita »). Enfin, sur la quatrième figure VSLM abréviation de la formule Votum Solvit Libens Merito (« a réalisé ce voeu parce que c’était mérité »). (©A. Maillier, Bibracte EPCC, légende réalisée d’après la publication de Ph. Barral et M. Joly)

L’origine du sanctuaire remonte à l’époque gauloise et au IIIème siècle avant notre ère, sous la forme de deux bâtiments successifs en architecture en terre et bois, qui ont été fouillés sous la cella (tour centrale) du grand temple, conservée en élévation. Ces deux constructions ont été volontairement incendiées.    

Jusqu’au IIIème siècle, le sanctuaire sera reconstruit et agrandit à plusieurs reprises. Le bâtiment cultuel étant le centre géométrique du sanctuaire, son emplacement ne variera pas au cours du temps malgré ces agrandissements successifs.

À une architecture de terre et de bois pour l’époque gauloise et la période augusto-tibérienne, succède une architecture mixte au milieu du Ier siècle. Des murs maçonnés sont édifiés pour la première fois, ils sont mêlés à des pièces de bois. L’espace sacré est alors constitué d’un portique encadrant une cour, au centre de laquelle se situe un temple ouvert à l’est. L’édifice de culte est composé d’une galerie entourant une cella de plus petite dimension que la tour actuellement visible.

A la fin du Ier siècle, le sanctuaire est de nouveau complètement reconstruit, en reprenant et agrandissant le plan précédant. Les murs sont larges et profondément fondés, et à partir de cette époque les structures sont entièrement maçonnées. L’accès au temple est désormais contrôlé et se fait depuis un vestibule donnant accès à la galerie entourant la cella.

Par la suite, le temple a subi plusieurs campagnes de réfections plus ou moins importantes. La cella a entièrement été reconstruite, peut-être dans les deux derniers tiers du IIème siècle. Le sol de la tour centrale a été rehaussé de plus de 1,25 m et un escalier a dû être aménagé dans le prolongement du vestibule afin d’accéder à la cella, coupant la galerie en deux. Un seuil ou une porte a été aménagé entre le vestibule et l’escalier. Le temple s’élève à l’intérieur d’un espace sacré délimité par un quadriportique* qui accueille également un ensemble de bâtiments liés au culte dont la nature doit encore être précisée. Pour cette période le registre décoratif est constitué d’ordres sculptés, de placages, de revêtements peints et de stucs.

Les vestiges du temple actuellement visibles correspondent à cette ultime phase de construction. La cella, bâtie en petit appareil soigné, adopte un plan approximativement carré d’environ 16,50 m de côté. Elle est encore conservée sur une hauteur de près de 24 m. Son entrée (aujourd’hui disparue) se situait à l’est. Chacune des façades, à l’intérieur et à l’extérieur, est rythmée par des niches et trois petites ouvertures à 13 m de haut éclairaient l’intérieur de la pièce. Sous ces ouvertures, les trous de fixation d’une charpente trahissent la présence de la galerie couverte qui entourait la cella. Le temple, et de manière générale ce quartier périurbain, ne semble plus fréquenté à partir du milieu du IIIème siècle.  

Au Moyen Âge, la cella du temple a servi de réduit fortifié protégé par une puissante enceinte fossoyée : l’intégration du bâti dans ce dispositif l’a mise à l’abri des récupérateurs de matériaux et semble à l’origine de son excellent état de conservation.

*Construction composée de quatre galeries à colonnes autour d’une cour