Une riche demeure antique avec mosaïque

Mosaïque de la pièce nord-est (©S. Alix, Inrap)

À la suite du projet d’agrandissement d’un supermarché dans le centre d’Autun, une fouille préventive a été réalisée par l’Inrap en septembre et octobre 2018 sous la direction de S. Alix. L’opération prend place au nord-ouest de la ville antique, un secteur qui accueille un établissement thermal reconnu au XIXème siècle ainsi que plusieurs maisons urbaines dont la « Maison des auteurs grecs », à la mosaïque bien connue.

Malgré sa surface réduite de 120 m², la fouille a apporté beaucoup d’informations. Elle touche l’intérieur d’un îlot urbain antique qui semble initialement occupé, dans le courant du Ier siècle de notre ère, par des bâtiments légers construits en terre et bois dont la forme et nature précise restent indéterminées.

Vers 50, on assiste à la construction d’une riche demeure antique, caractérisée par son péristyle* et les traces de son décor luxueux. Ainsi une série de pièces, dont certaines chauffées par hypocauste, a été mise au jour. Elles s’organisent autour d’une galerie à péristyle ouvrant sur un jardin. Deux d’entre elles possédaient un sol mosaïqué, en partie conservé. Il s’agit sans doute de deux grandes salles d’apparat. Elles n’ont toutefois pas été vues dans leur totalité. La première pièce couvre une superficie de 30 m² (env. 6 x 5 m). La seconde pièce à mosaïque n’est que très partiellement dégagée, elle mesure plus de 7,50 m de longueur. Compte tenu de sa position au sein de l’îlot cette demeure devait s’étendre sur une vaste superficie de l’ordre de 1600 m² (au moins 40 m x 40 m).

L’architecture des murs est assez remarquable et elle évoque, dans des dimensions plus modestes, les techniques de construction monumentales. Les deux mosaïques découvertes lors de la fouille sont de belle facture. Elles ont probablement été réalisées au début du IIIème siècle. Elles sont composées de fines tesselles et montrent des motifs polychromes géométriques complexes (tresses, rosaces…) ainsi que des motifs floraux (rinceaux…). Les emblema* et les figurations centrales nous échappent, toutefois, des fragments démontés révèlent des éléments figurés polychromes (chevelure ?). Ces sols ornés s’accompagnent d’un ensemble de décors muraux qui ont été découverts en position secondaire, dans la démolition : enduits peints à motifs polychromes, stucs, placages et corniches en marbre méditerranéen.

La maison est abandonnée et partiellement démolie entre la fin du IIIème siècle et le début du IVème siècle, on récupère une partie des matériaux de construction. Les ruines de la maison sont de nouveau occupées à partir des années 330. Un ensemble de déchets de tabletterie* laisse supposer une activité artisanale pour cette période pour au moins une partie du bâtiment. Les monnaies et le mobilier céramique laissent penser que cette occupation se prolonge jusqu’au début du Vème siècle.

*Le péristyle est une colonnade entourant la cour intérieure ou le jardin d’un édifice
*Un emblema désigne un panneau amovible destiné à compléter une composition de mosaïque de sol
*La tabletterie est l’activité artisanale consistant à produire des objets en matière dure animale (os, corne, ivoire…)