Il ne reste de ce monument qu’un pan de mur actuellement visible à l’intérieur d’une propriété place de Charmasse, conservé sur un peu plus de 6 mètres de longueur et 12 à 13 mètres de hauteur. Le parement sud de ce mur est rectiligne, alors qu’au nord il est incurvé. Cette conservation très partielle, mais aussi son imbrication dans le bâti actuel, ne permet pas de restituer aisément les parties manquantes de cette construction, ni d’en comprendre facilement la nature, la chronologie et les éventuels remaniements.













Il s’élevait à l’époque antique directement à l’ouest du cardo maximus, dans la rangée d’ilots accueillant plus au nord les principaux édifices du centre monumental. Les chercheurs ont longtemps pensé qu’il s’agissait des vestiges du temple d’Apollon cité par les Panégyriques latins, compte tenu de son emplacement dans la topographie urbaine, mais aussi de l’aspect curviligne d’un de ses parements, les descriptions du temple d’Apollon dans les sources antiques suggérant un monument de plan circulaire. Les recherches récentes, s’appuyant sur des découvertes archéologiques, ont permis de réfuter cette hypothèse, en localisant bien le temple d’Apollon sur cette rangée d’ilots, mais 200 mètres au nord.
La maçonnerie actuellement conservée est soigneusement parementée sur ses deux faces selon la technique dite de l’opus mixtum qui alterne des rangées de petits moellons en gneiss et des lits de briques. En partie supérieure la présence d’un ensemble de moellons de calcaire blanc forme un décor original de chevrons que l’on ne retrouve sur aucun autre monument conservé à Autun, qui ressemble à ceux que l’on peut voir par exemple sur l’enceinte tardo-antique du Mans. Des trous de boulin, parfois traversants, sont régulièrement disposés selon des rangées espacées de 1,50 m qui correspondent aux cordons de briques.







Une niche rectangulaire d’environ 2 mètres de hauteur, profonde d’une quarantaine de centimètres, est aménagée sur la paroi nord, curviligne. L’arc de décharge, en plein cintre, suit un motif composé d’une alternance de moellons allongés rectangulaires de grès fin et de briques disposés à la verticale. De petits moellons carrés de grès viennent marquer sa limite extérieure, de petites briques sa limite intérieure. Un ensemble de briques disposées à la verticale sous la forme d’un éventail forment le linteau supérieur. Le parement des piédroits est réalisé en moellons allongés en grès fin. On imagine qu’un ensemble d’autres niches analogues, régulièrement espacées et destinées à accueillir des statues, était ménagé dans la continuité de ce mur curviligne. Un ensemble de trous de fixation suggère que ce parement était peut-être en partie recouvert de placages en roches décoratives.






Sur la paroi sud, en partie supérieure, on observe la présence d’une rangée de trous rectangulaires chemisés de briques analogues à ceux que l’on rencontre sur la cella du temple dit de Janus, qui pourrait correspondre aux trous de fixation d’une charpente appartenant à une construction en façade, peut être une galerie. À l’est, on observe l’angle d’un mur marqué par un parement soigneusement réalisé moellons allongés de grès fin qui a aujourd’hui disparu.


Cette construction très lacunaire a bénéficié d’une étude en 2015 par L. Massot dans le cadre d’un master universitaire è l’Université Marie et Louis Pasteur de Franche-Comté, couplant étude du bâti, prospections géophysiques et analyse des reliefs au moyen du Lidar. Ces travaux ont permis d’exclure définitivement d’avoir affaire à un bâtiment de plan circulaire. Son diamètre, estimé à une cinquantaine de mètres, serait en effet supérieur à celui du Panthéon à Rome, avec des maçonneries bien trop faibles pour soutenir la charge d’une voûte si conséquente. Il s’agirait plutôt d’un édifice semi-circulaire dont la partie curviligne, en forme d’exèdre et disposant de niches, serait ouverte sur le cardo maximus. Quatre types de constructions monumentales peuvent potentiellement adopter ce plan : un marché (macellum) sur le modèle de celui de Trajan à Rome, des latrines publiques, une fontaine (nymphée) monumentale sur le modèle par exemple de Leptis Magna (actuelle Lybie) ou enfin une grande place publique semi-circulaire. Les deux dernières hypothèses présentent le plus d’arguments.
Toutefois, les lacunes de nos connaissances sur la présence d’un système d’adduction d’eau et d’un bassin nous invitent à exclure pour l’instant l’hypothèse du nymphée et à privilégier l’interprétation en faveur d’une grande place publique monumentalisée en forme d’hémicycle, sur l’exemple de celle qui a été découverte à Beauvais / Caesaromagus, capitale des Bellovaques.



Selon L. Massot, nous serions donc peut-être en présence d’une place localisée au bord du lieu de passage et de vie qu’est le cardo maximus, entourée des édifices principaux de la ville, que le terrassement installe en hauteur. La place serait monumentalisée par un mur circulaire orné de marbre, de niches et d’une possible colonnade et d’un sol en marbre rouge d’Egypte (ou y ressemblant, d’après les fouilles réalisées au XIXème siècle), accueillant des statues participant peut-être au culte impérial. L’absence de fouilles et de vestiges sur l’îlot lui faisant face de l’autre côté du cardo maximus ne permet pas de parler d’une exèdre symétrique comme à Rome ou Delphes.
Bibliographie
Massot 2015
Massot L., La construction antique dite « temple d’Apollon », place de Charmasse à Autun – Augustodunum (Saône-et-Loire), étude architecturale et interprétation d’un monument de la parure architecturale de la capitale des Eduens, mémoire de master 2 sous la direction de P. Nouvel et les tutorats de Y. Labaune et A. Louis, Université de Franche Comté, année universitaire 2014-2015.