La Pyramide de Couhard d'Autun

La Pyramide de Couhard

Le monument funéraire appelé « Pyramide de Couhard » (ou bien « Pierre de Couhard », du nom du hameau actuel) se situe au sommet d’une des nécropoles antiques ceinturant Autun-Augustodunum, appelée le « Champs de Urnes », se développant à flanc de colline, au sud-est de la ville antique. Il se dresse sur une éminence, le long de la voie sortant d’Autun en direction de Mâcon. Parfois considéré comme mystérieux, son interprétation ne laisse toutefois pas de place au doute : il s’agit d’un mausolée ou bien d’un cénotaphe d’époque romaine élevé en l’honneur d’un défunt qui a été inhumé dans un autre endroit. En l’absence d’inscription épigraphique, l’identité du défunt reste à ce jour inconnue. Ses dimensions considérables et son aspect atypique ont peut-être contribué à l’élaboration d’hypothèses fantaisistes quant à sa nature.

Plan synthétique des vestiges de la ville antique et de son sanctuaire périurbain (La Genetoye). La Pyramide de Couhard est localisée par un cercle rouge. (©D’après A. Tisserand, SAVA)

De ce monument construit en maçonnerie pleine, seul le blocage interne constitué de blocs de granite à deux micas liés au mortier de chaux est actuellement visible. Son plan et son mode de construction sont connus par les fouilles réalisées en 1840 par M. Desplace de Martigny, les relevés de J. Roidot-Déléage publiés à la fin du XIXème siècle par la Société Éduenne (auxquels on peut associer les dessins préparatoires légèrement différents de la version publiée) et par quelques sondages ponctuels réalisés en 2016 par le SAVA sous la direction de Y. Labaune, préalablement à une campagne de restauration.  Deux cavités, actuellement visibles sur la face sud-est du monument, témoignent des investigations infructueuses faites par l’abbé de Castille en 1640, à la recherche d’une chambre funéraire.  

La semelle de fondation, de plan carré, mesure près de 23 m de côté. Elle est construite, au moins partiellement, en blocs de grand appareil de grès d’arkose observés dans les fouilles anciennes et les sondages plus récents. Toutefois nous ne sommes pas en mesure de déterminer si ces blocs de grand appareil constituent uniquement des renforts d’angle, comme cela est attesté sur d’autres édifices monumentaux d’Autun comme le théâtre du haut du Verger, ou bien si ce dispositif est étendu à l’intégralité des fondations. Cette semelle est surmontée par deux éléments superposés. Une base parallélépipédique qui mesure 21 ou 22 m de côté pour 10 à 11 m de hauteur, coiffée d’une partie pyramidale d’environ 22,50 m de hauteur. L’ensemble devait donc culminer initialement à près de 33 m, dont seuls 27 m étaient conservés au XIXème siècle.

Le revêtement originel en calcaire blanc de Tonnerre a été intégralement récupéré. La tradition indique que certains blocs auraient pu être réutilisés dans la construction de l’église paroissiale de Couhard, toute proche. Une pierre de taille adoptant la forme d’un triangle rectangle appartenant au revêtement de la partie pyramidale a été retrouvée lors des fouilles du XIXème siècle. L’angle de 63° opposé à l’angle droit a permis à J. Roidot-Déléage d’extrapoler l’angle de la pyramide. Ce mince indice sert depuis de base aux restitutions.

La « Pyramide de Couhard » pourrait remonter au règne de l’empereur Auguste. Sa forme et ses dimensions, certainement inspirée des pyramides égyptiennes, évoquent celles du monument funéraire de Caïus Cestius édifiée entre 18 et 12 av. J.-C. en périphérie de Rome, le long de la voie menant à Ostie. Ce mausolée, d’une trentaine de mètres de côté, culmine à environ 36 m de hauteur.

La « Pyramide de Couhard » est le seul monument funéraire de grande taille actuellement conservé en élévation. Il en existait au moins deux autres au nord de la ville, le long de la voie de l’Océan ou à proximité de cette dernière. De plan turriforme, édifiés au début du Haut-Empire, ils n’ont été démantelés que très récemment, entre la fin du XVIIIème et le courant du XIXème siècle. Improprement nommés temples « de Proserpine » (ou « La Gironette ») ou de « Pluton », ils sont connus par des gravures et relevés réalisés peu avant leur destruction.  

Une tablette de défixion en plomb traditionnellement datée du IIème siècle a été trouvée dans les années 1960 au pied de la « Pyramide de Couhard », lors de travaux de consolidation. Dans l’Antiquité ce type d’objet, assez fréquent, est lié à une pratique de sorcellerie destinée à maudire une personne ou à se protéger d’une autre, au moyen de l’invocation de divinités du monde souterrain, raison pour laquelle on les retrouve fréquemment à l’intérieur des nécropoles. La tablette d’Autun possède une liste de cinq noms de personnes victimes de l’ensorcellement : « Onesiforus, Musclosus, Carpus, Attianus petit-fils de Verax, Titus ont été ensorcelés ».


Bibliographie

Labaune et alii, 2015 

Labaune Y. (dir.), Alix S., Balcon-Berry S., Barrière V., Borau L., Cauuet B., Hostein A., Kasprzyk M., Louis A., Maurice-Chabard B., Nouvel P., Venault S., Autun antique, Guides archéologiques de la France, Editions du Patrimoine, Paris, 2015.

Rebourg 1998

Rebourg A., L’urbanisme d’Augustodunum (Autun, Saône-et-Loire), Gallia, 55, 1998, p. 141-236.

Rebourg 1993

Rebourg A., Autun, 71/1, carte archéologique de la Gaule, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, ministère de la Culture, 1993.