En 1989 un diagnostic archéologique a été réalisé par P. Chardron-Picault (SAVA), sur une parcelle concernée par un projet de construction de logement. Cette première évaluation archéologique a livré des vestiges attestant de l’existence d’ateliers métallurgiques en relation avec un habitat. 21 ans plus tard le projet de construction d’un lotissement par l’OPAC a conduit à la réalisation d’une nouvelle opération de fouille archéologique.
La fouille du Faubourg d’Arroux a été menée entre avril et octobre 2010 par l’Inrap sous la responsabilité de S. Alix. L’emprise de l’opération est située sur la périphérie intramuros de la ville antique, à proximité de la porte N-O de la cité. Elle couvre environ 3500 m², soit près du tiers d’un îlot urbain.
Six phases d’occupation antique ont pu être distinguées. Pour la première fois au sein de la ville, une série cohérente d’aménagements proprement augustéens – bien qu’assez tardifs, (10 av. notre ère/10 ap.) – ont été mis au jour sur une grande surface. Ils sont constitués de quelques bâtiments légers et d’une voie. Ils se caractérisent par une orientation divergente de celle de la trame urbaine antique.
La période tibérienne, qui suit, voit la mise en place d’une série de constructions de petite envergure en matériaux périssables. Ils se conforment à la trame urbaine connue. Ils sont essentiellement dédiés à des activités artisanales (métallurgie, boucherie).
Le quartier est ensuite entièrement remanié au milieu du Ier siècle. L’architecture en pierre fait son apparition. Si une partie du bâti va être modifiée dans son emprise, une majorité des limites des bâtiments et des parcelles vont globalement rester les mêmes entre la période flavienne et la fin du IIIème siècle. La métallurgie du fer et des alliages cuivreux est très présente dans la deuxième moitié du Ier siècle et au début du IIème siècle. Dans la première moitié du IIème s., beaucoup de constructions sont reprises. Si les plans reprennent souvent ceux du Ier siècle, l’architecture est plus massive et les aménagements de confort augmentent (hypocaustes, sols en terrazzo*, décorations murales…). Cette tendance se poursuit au IIIème s., mais on observe alors peu de grandes modifications architecturales. Les espaces dédiés à l’artisanat se restreignent au cours des IIème et IIIème siècle, mais ils restent une composante importante du paysage.
Outre la continuité des activités métallurgiques, la production de céramique est aussi représentée avec un petit atelier de céramiques fines (début IIème siècle) et, surtout, avec l’installation d’un des ateliers du coroplaste Pistillus.
De profondes modifications ont lieu vers 270. Une partie du bâti est reconstruit dans la continuité des emprises du IIIème siècle. Certains bâtiments sont détruits au profit d’installations plus légères en matériaux périssables. La voie publique est reprise également (abandon de l’égout maçonné flavien). L’atelier de Pistillus est abandonné brutalement à cette date, ainsi que plusieurs aménagements d’habitat de ce secteur (puits, hypocauste). L’occupation de cette dernière phase antique ne semble pas se prolonger au-delà du milieu du IVème siècle. L’artisanat continue d’être présent, au travers de la métallurgie du fer et d’activités liées à la boucherie.
La période médiévale est représentée par une série de vestiges, datés essentiellement du haut Moyen Âge au Moyen Âge central (silos, fosses, fond de cabane, arase d’un petit bâtiment). Une voie plus tardive (XIV-XVème siècle ?) préfigure la limite actuelle de la parcelle, en rupture avec les limites de l’îlot antique.
Les vestiges antiques témoignent d’un quartier qui reste partagé entre habitat et artisanat. La composante artisanale reste assez variée malgré la prépondérance de la métallurgie (boucherie avec stabulation, atelier de finition de meule, céramiques fines, coroplastie*…). L’évolution du bâti permet d’envisager un recul global de l’artisanat par rapport à l’habitat. Ce dernier se pare d’aménagements de confort (petits hypocaustes, sols maçonnés décorés, galeries …). Ils restent certes éloignés de ceux des demeures patriciennes*. Toutefois, l’évolution des formes du bâti et la présence d’éléments assez luxueux (plaques décoratives en marbre importé, statuaire, stucs, enduits peints figurés…) montrent une forme d’enrichissement du quartier.
* Le terrazzo est un sol d’époque romaine comportant de la brique pilée
*La coroplastie est un artisanat spécialisé dans la fabrication des figurines en terre cuite blanche
*Les patriciens appartenaient, de par leur naissance, à la classe supérieure des citoyens romains