Une zone résidentielle aristocratique de l’antiquité

Vestiges d’une domus en cours de fouille, en arrière-plan les bâtiments de l’usine Ducal conservés le long de la rue Carion et réhabilités en logements. (©Y. Labaune, SAVA)

Ce diagnostic a été réalisé par le service archéologique de la ville d’Autun, sous la responsabilité de Y. Labaune, en mars et avril 2014 sur l’emprise d’une grande parcelle de plus de 6600 m² située au nord-est de la ville antique, en périphérie de l’enceinte, sur laquelle s’élevait l’usine d’ameublement Mercier-Ducal démantelée avant l’intervention. Cette opération, préalable à la construction d’une résidence, a montré que la mise en place des infrastructures industrielles au XIXème siècle, bien que très invasive, avait préservé une partie des vestiges antiques notamment en façade de la rue Carion. Ces vestiges qui se situent désormais à une faible profondeur d’enfouissement appartiennent à deux îlots théoriques délimités par le tracé de deux rues décumanes partiellement reconnues. Les indices les plus anciens remontent à la fin du règne d’Auguste, l’occupation se poursuivant jusqu’au IVème siècle de notre ère.

Les vestiges julio-claudiens, stratifiés et livrant un matériel augusto-tibérien abondant et de qualité, sont bien conservés. Pour cette période, l’intensité de l’occupation est perceptible à travers l’analyse du mobilier, en particulier un lot de vaisselle céramique piégé dans un égout qui est à ce jour l’un des plus précoces d’Autun. Ce corpus présente en outre la particularité d’être très peu fragmenté, ce qui a permis de reconstituer des dizaines de formes archéologiquement complètes. Il recèle également un tesson gravé d’une inscription atypique en langue gauloise de plusieurs lignes qui fait appel à l’utilisation de l’alphabet latin et grec.

La nature même de cette occupation reste cependant difficile à préciser.

Des aménagements a priori domestiques, comme des fosses dépotoirs mais peut-être également une petite cave planchéiée, suggèrent d’avoir affaire à un habitat probablement édifié en matériaux périssables. Une activité artisanale marginale a également été repérée, en particulier le fonctionnement d’une forge à l’époque augusto-tibérienne et le travail de l’os sous le règne de Tibère ou de Claude. En revanche, il a été plus difficile d’expliquer l’enfouissement intentionnel de plusieurs céramiques complètes, parfois en association avec des couches cendreuses et des esquilles d’os d’animaux brûlés. Ce phénomène, observé à deux reprises dans les horizons augusto-tibériens, a été interprété comme « dépôt de fondation » à un endroit et « dépôt domestique » à un autre. Seule une fouille serait à même de mesurer la portée du phénomène à l’échelle du site et de préciser la nature de ces rituels.

Le plan général des vestiges de la phase suivante, bien que partiel, évoque clairement celui d’une maison aristocratique à péristyle ouverte sur une rue décumane. Elle a peut-être été édifiée à la fin de la période julio-claudienne, sous le règne de Claude ou de Néron et dispose visiblement de l’eau courante. Il pourrait s’agir d’un des plus anciens habitats aristocratiques d’Autun exhumé à ce jour. Il sera abandonné aux alentours des années 270. Quelques indices artisanaux suggèrent la présence d’ateliers métallurgiques du Haut-Empire au nord de cette maison, en périphérie de l’enceinte.

Les horizons de « terres noires » se mettent en place rapidement après l’abandon, dès le début de l’Antiquité tardive. A cette période, seuls la rue décumane et son trottoir paraissent véritablement fréquentés. Les constructions en ruine ne sont que ponctuellement visitées, peut-être par des récupérateurs de matériaux qui viennent démanteler les maçonneries. La parcelle, très certainement mise en culture au cours du Moyen-Age, ne sera urbanisée qu’à la fin du XIXème siècle lors de la construction de l’usine.