Les levées du « Champ de la Justice »

Vue aérienne d’une partie de l’alignement de levées bien lisibles dans les prés situés à l’arrière de la ferme « des Etangs » (actuellement refuge « les amis des Bêtes »). (©R. Goguey)

Cette campagne de sondages archéologiques menée en 2019 par B. Ligouis (Université de Tübingen, Allemagne) a visé à vérifier la nature des levées de terre alignées bien visibles dans le paysage actuel de Saint-Pantaléon.

Comme ce secteur (« Le Champs de la Justice ») est occupé au néolithique par un site mégalithique et qu’il a livré de nombreux silex taillés, on a très longtemps pensé qu’il s’agissait d’une succession de tumulus funéraires (tombes monumentales). En 2009, une étude fine des microreliefs et du contexte géologique a permis à S. Francisco et Y. Labaune d’envisager d’avoir plutôt affaire à des vestiges miniers, à savoir un ensemble de dépressions jouxtant des amoncellements de déchets liés à l´exploitation du boghead (charbon d´algues) et des schistes bitumineux. L’utilisation du schiste étant bien connu à Autun au cours de l’Antiquité, comme en témoignent par exemple les collections du Panoptique – musée Rolin (éléments architecturaux, bracelets, pesons et fusaïoles pour la confection du textile…). Il a été proposé de placer cette possible exploitation à l’époque romaine. Cette hypothèse minière, plus plausible, devait être vérifiée par une fouille archéologique.

Cette fouille réalisée dix ans plus tard a concerné l´extrémité d´une levée et la dépression adjacente à la levée voisine. L’intervention a permis de récolter de nombreuses données sur la constitution d´une levée et d´une cuvette topographique associée (dépression). Elle apporte la preuve de l´exploitation des schistes bitumineux et semble-t-il du « boghead shale » dans une mine à ciel ouvert peu profonde (au moins 4 m reconnus lors de la fouille) dans le secteur du Bois de Saint-Martin. Cependant cette exploitation ne se place pas à l’époque romaine, mais au cours du XIXème siècle, peut-être entre 1843 et 1880.

L´origine de ces vestiges miniers s´en trouve donc clarifiée même si certains points restent encore à élucider tels que la date de commencement des travaux miniers à ciel ouvert, la durée de fonctionnement des exploitations, la position stratigraphique dans la formation de Millery des niveaux exploités ainsi que leur nature et la présence du boghead dans le secteur compris entre le Bois de Saint-Martin et Les Étangs. En clair, les traces d’une exploitation ancienne du schiste, à l’époque romaine, n’ont pas encore été retrouvées mais ce n’est pas pour autant qu’elles n’existent pas, si elles ont été occultées par les travaux plus récents.

Cette opération illustre parfaitement l´intérêt de la géoarchéologie dans l´étude et la compréhension des vestiges miniers anciens.