Le projet de construction de la Maison de la Petite Enfance « Bel Gazou », boulevard Frédéric Latouche a entraîné la prescription d’un diagnostic portant sur une superficie de 4000 m² réalisé par le service archéologique de la ville d’Autun sous la direction de Y. Labaune, entre septembre et octobre 2010.
L’opération archéologique montre le profond réaménagement dans le courant du IIIème siècle d’un îlot d’habitation voisin d’une grande schola, possiblement les Ecoles Méniennes. Ces travaux d’ampleur semblent avoir significativement tronqué les infrastructures antérieures, avant l’édification vers le milieu du IIIème siècle d’un habitat aristocratique. Son occupation se poursuit dans le courant du premier tiers du IVème siècle.
On y distingue alors deux ensembles architecturaux séparés par une ruelle.
Le premier ensemble comprend une salle à abside chauffée par hypocauste orientée selon un axe nord-sud, l’abside étant située au sud, dont le pavement est indéterminé. Les vestiges n’ayant été que partiellement dégagés, il est impossible d’avoir les dimensions précises de cette pièce, mais la courbure du mur permet d’estimer une largeur de l’ordre de 5 mètres et une longueur supérieure à 6 mètres. Sa fonction n’est pas clairement établie. L’abside évoque une salle de réception mais un ensemble d’indices plaident pour une fonction balnéaire. Les maçonneries sont liées au mortier hydraulique, les parements interne et externe sont recouverts d’enduit de tuileau, une canalisation maçonnée d’assez grandes dimensions est connectée à cet espace et des fragments de placage en marbre de la démolition possèdent des dépôts de calcification caractéristique d’une exposition répétée à l’eau. Au sud se développe un espace ouvert, une cour ou un jardin, dans une configuration analogue à celle de la pièce en abside de la maison de Balbius Iassus qui a été fouillée à proximité.
Le second ensemble architectural, qui forme l’angle sud-est de l’îlot, se développe sur une superficie supérieure à 550 m². L’intervention a permis de dégager partiellement deux salles sur hypocauste, ainsi qu’un ensemble d’espaces plus modestes en façade de rue.
Les dimensions de la première salle ne peuvent être précisées. Le sol suspendu, partiellement dégagé est constitué d’une couche de béton de tuileau d’une dizaine de centimètres d’épaisseur couverte par un pavement en opus sectile formant un décor géométrique à base de carrés sur pointe emboités. La gamme chromatique est variée grâce à l’utilisation de matériaux d’importation (marbre blanc veiné de gris d’Algérie, dit « Grec écrit ») et de roches locales (schiste noir d’Autun, marbre blanc de Châtelperron (Allier), calcaire gris à polypiers de Diou / Gilly (Allier), calcaire rouge de Givry (Saône-et-Loire).
La seconde salle, dégagée sur 7 m², mesure au moins 25 m² de superficie totale. Le sol suspendu n’est pas conservé mais la couche de démolition apporte quelques éclairages sur le registre décoratif de cette pièce ou sur celui des pièces adjacentes. Un ensemble de 500 tesselles essentiellement noires et blanches suggère que le sol de cette pièce devait être décoré d’une mosaïque bichrome. La découverte de plusieurs dizaines de fragments de roches décoratives trahit la présence à proximité d’un opus sectile à la gamme chromatique variée, avec là encore des matériaux d’importation (jaune antique de Chemtou (Tunisie), marbre de Skyros (Grèce), brèche de Thessalie (Grèce), marbre blanc de type Carrare (Italie) et des roches d’origine locale (schiste noir d’Autun, calcaire rouge de Givry (Saône-et-Loire), calcaire rouge à Entroques de Pouillenay (Côte-d’Or)).