L’ancien hôtel de Clugny, dans le quartier Marchaux, se compose de deux entités : la tour Marchaux aussi appelée tour de l’Horloge, bien visible dans le paysage urbain, et le logis de Clugny, au pied de la tour, qui consiste en un bâtiment de plan quadrangulaire couronné par un toit à deux pans. La tour Marchaux est inscrite sur la liste des Monuments Historiques depuis le 29 décembre 1927. L’édifice a ensuite été inscrit dans sa totalité le 18 juillet 2023, en intégrant le logis de Clugny.
Le Service Archéologique de la Ville d’Autun a réalisé en octobre 2024 un diagnostic archéologique sur cet ensemble sous la direction d’A. Belot, en amont d’un projet de réhabilitation du logis de Clugny. Cette intervention comprend une étude archéologique des maçonneries de l’hôtel de Clugny mais également des sondages sédimentaires autour de l’édifice en prévision de travaux d’installation de réseaux et de fosses de plantation.
Cet édifice est l’ancien hôtel particulier de la famille de Clugny, connue à Autun depuis le XIIIème siècle grâce aux chartes locales. Au XIVème siècle, plusieurs membres de cette famille occupent des fonctions importantes dans l’administration locale : Hugues II de Clugny est lieutenant du bailli d’Autun, Guillaume II est châtelain de Riveau et Jean I est garde des sceaux de la chancellerie au siège d’Autun.
L’étude des maçonneries de l’hôtel de Clugny, associée à l’analyse des sources d’archives, permet de placer la construction du logis au cours du XIVème siècle, vers 1340. A l’origine, l’édifice semble avoir compté un seul étage, éclairé par de grandes fenêtres à meneaux et croisillons sur le mur sud-ouest. Le rez-de-chaussée était éclairé par des baies plus petites, comportant un meneau.
Le mur nord-ouest, du côté de la Grande rue Marchaux, semble aveugle au XIVème siècle, ce qui permet de supposer la présence d’une autre maison accolée contre l’hôtel de Clugny. La charpente de comble actuelle du logis, bien que fortement remaniée, a conservé certaines de ses parties d’origine, qui ont pu être datées de 1339 par dendrochronologie*.
La tour Marchaux semble avoir été rajoutée au début du XVème siècle, contre l’angle ouest du logis. Cette tour servait à la fois à desservir les étages au moyen d’un escalier en vis, mais était sans doute également un marqueur ostentatoire de la richesse de la famille de Clugny. A cette époque, les murs du logis sont percés par de nouvelles ouvertures, qui présentent des encadrements ornés de moulures, et une grande cheminée monumentale semble installée au premier étage.
Au XVIème siècle, l’hôtel est vendu par la famille de Clugny à un dénommé Edouard Bolon, et compte ensuite différents propriétaires jusqu’en 1707, date à laquelle la ville rachète le bâtiment pour en faire une caserne. A cette époque, le logis semble servir d’écuries, selon un plan de ces casernes conservé aux Archives départementales de Saône-et-Loire.
A la fin du XVIIIème siècle, le toit de la tour Marchaux est modifié et adopte sa forme actuelle de dôme surmonté par un lanternon. Lors de ces travaux, on installe au sommet de la tour l’ancienne horloge de la porte sud du quartier Marchaux, qui avait été touchée par un incendie en 1785.
La ville vend le logis de Clugny en 1805 mais garde la propriété de la tour Marchaux. A la suite de la partition de l’édifice en deux entités, les portes assurant la communication entre les deux espaces sont bouchées. L’intérieur du logis est largement modifié au XIXème siècle avec notamment l’ajout de murs de refend au rez-de-chaussée et d’une petite annexe dans l’angle sud.
Au XXème siècle, le logis de Clugny est divisé en deux habitations indépendantes, avec la création de nouvelles cloisons, de nouveaux escaliers et une restructuration importante du niveau de comble.
Le diagnostic archéologique a également permis de mettre au jour la cave d’une ancienne maison sous le parking le long de la Grande rue Marchaux. Cette cave était comblée par les déblais de la destruction d’une maison qui était située à cet emplacement jusqu’aux années 1980. La voûte de cette cave et une partie des murs semblent dater de l’époque Moderne mais certains pourraient être plus anciens. Il est possible qu’il s’agisse à l’origine de la cave d’une maison médiévale accolée à l’hôtel de Clugny.
* La dendrochronologie est une méthode scientifique permettant d’obtenir des datations de pièces de bois à l’année près, en comptant et en analysant la morphologie des anneaux de croissance (ou cernes) des arbres utilisés