Les travaux de restauration de la nef de la cathédrale Saint-Lazare à Autun réalisés entre juin 2017 et avril 2019, en particulier l’installation d’un système de chauffage par le sol, ont bénéficié d’un suivi archéologique. Au fur et à mesure de l’avancée des phases de travaux, trois diagnostics successifs ont été menés par le service archéologique de la ville d’Autun, sous la responsabilité de Y. Labaune, dans l’espace de la nef compris entre la seconde et la 7ème travée, mais également dans les collatéraux de la 7ème travée, soit juste avant la croisée du transept. Une fouille ponctuelle de quelques dizaines de mètres carrés a quant à elle été prescrite dans la nef, au niveau de la septième travée. Elle a été menée en février 2019 par le Centre d’Etudes Médiévale d’Auxerre (CEM) sous la direction de F. Henrion. Les découvertes réalisées s’échelonnent entre l’époque antique et le XVIIIème siècle.
Aucune structure en place, tant antique que du haut Moyen-Âge, n’a pu être mise en évidence lors de cette opération. Elles sont scellées par un important horizon de « terres noires ». Le mobilier antique des deux premiers siècles de notre ère est très abondant, il est systématiquement en position secondaire dans des horizons d’époque médiévale ou moderne. On relève de rares indices de l’Antiquité tardive : au moins une amphore africaine, deux fragments de plats estampés en céramique dérivée de sigillée paléochrétienne et un tesson de bol en sigillée tardive d’Argonne.
Les remblais stratifiés du chantier de construction de l’église Saint-Lazare, riches en éclats de taille de pierres, majoritairement du grès, plus rarement du calcaire, ont été repérés et leur épaisseur est comprise entre 0,70 mètre et 1,20 mètre.
Dans la nef, à proximité du transept, les niveaux de construction de l’église Saint-Lazare sont scellés par une couche de terre brune compacte, qui a également été repérée au niveau du chœur lors des fouilles des années 1990. Il pourrait s’agir du sol en terre battu décrit par les textes au moment du transfert des reliques de Saint-Lazare en 1146-1147. Ce niveau de circulation en terre battu est scellé d’un sol empierré, possiblement du XIIème siècle, dont le radier* est conservé sur une surface de quelques mètres carrés.
La semelle de fondation du mur gouttereau de l’église Saint-Lazare, réalisée en grand appareil à partir de blocs de grès quadrangulaires de grandes dimensions – pour certains des remplois antiques semble-t-il, a été dégagée le long de la façade de la chapelle de Clugny.
Les massifs de fondation d’origine des piles séparant la nef des collatéraux sont tous édifiés suivant le même mode de construction. De forme carrée, ils mesuraient 2,60 mètres de côté en moyenne. Ils sont composés d’un assemblage de blocs parallélépipédiques en grès de grand appareil, et la plupart d’entre eux paraissent être des remplois antiques. Ils sont installés dans des puits de fondation carrés d’environ 3,20 mètres de côté perforant les remblais du chantier de construction. Les massifs de fondation des piles de la croisée du transept sont construits sur le même mode, mais ils sont un peu plus fortement dimensionnés. L’intervention montre donc que les piles, y compris celles situées à la croisée du transept, n’étaient pas chainées à l’origine.
Le jubé édifié par le cardinal Rolin dans le cadre des travaux de restauration et d’embellissement de la cathédrale Saint-Lazare a été détruit au XVIIIème siècle et son emplacement exact à l’intérieur de la nef reste encore actuellement sujet à caution. L’aspect de ces aménagements reste lui aussi difficile à saisir puisqu’on n’en connait que les descriptions de l’époque qui témoignent de sa magnificence (trois étages, une tribune, des chapelles). Il devait se rapprocher de la forme du jubé actuellement conservé en élévation dans l’abbatiale du monastère royale de Brou à Bourg-en-Bresse. En revanche, la statuaire qu’elle accueillait est en partie parvenue jusqu’à nous, sous la forme de personnages quasiment de grandeur naturelle actuellement conservés au musée Rolin. L’opération a permis de mettre au jour les vestiges d’une puissante infrastructure maçonnée séparant les 5ème et 6ème travées, barrant transversalement la nef. Ces vestiges étaient en relation avec une couche de démolition plutôt homogène riche en éléments sculptés qui comportent des traces de peinture et badigeons (rouge, doré) que l’on peut dater de la fin du Moyen-Âge et qui ne sont pas incompatibles avec le décor des élévations d’un dispositif de type jubé. Il est raisonnable de penser avoir affaire aux vestiges du jubé du cardinal Rolin.
Au niveau de la 7ème travée, les tombes paraissent s’implanter de manière privilégiée, voire exclusive, à l’intérieur des collatéraux. En effet dans l’emprise de notre intervention, nous avons pu constater l’absence de tombes à l’intérieur de l’emprise de la nef.
Dans le collatéral situé en façade de la chapelle de Clugny, un ensemble d’inhumations en cercueil de bois en place, datées de la fin du Moyen-Âge ou du début de la période moderne, apparaissent sensiblement à la même altitude, à environ 1,30 mètre sous le dallage actuel. Ces tombes privilégiées, dont celle au moins d’une femme, sont proches du chœur. Elles étaient très certainement surmontées de nombreuses autres sépultures, qui ont été déplacées au XVIIIème siècle comme le montre une fosse d’exhumation d’un mètre de profondeur partiellement fouillée. Son comblement comportait de très nombreux ossements humains qui appartiennent à une dizaine d’adultes et à un enfant de 5 à 7 ans.
A l’intérieur de la nef, au niveau de la 7ème travée, un ensemble de sépultures en cercueils de bois installées dans les niveaux de « terres noires » a été mis au jour. Les datations radiocarbones permettent de fixer leur chronologie à la période moderne, entre la fin du XVème et le début du XVIIème siècle Certaines sont perturbées et recoupées par des fosses d’exhumation, qui semblent relever du XVIIIème siècle. L’angle d’un caveau maçonné, recoupé par une conduite souterraine d’air chaud pulsé du XIXème siècle, a été observé. Il n’a pas pu être daté.
Enfin, l’espace de la seconde travée est presqu’entièrement occupé par un caveau funéraire de grandes dimensions construit au XVIIIème siècle à l’entrée de la cathédrale. Les remblais de construction comportent de nombreux ossements humains provenant d’anciennes sépultures bouleversées à l’occasion des travaux. L’accès de forme carrée était fermé par une grande dalle munie d’une paire d’anneaux en fer (pour la soulever) : par le biais d’un escalier, il permettait de se rendre à l’intérieur d’un vaste espace voûté de plus d’une quarantaine de mètres carrés de superficie et d’une hauteur sous voûte de l’ordre de 2,20 mètres. Nos observations suggèrent que l’intérieur de ce caveau funéraire a été pillé et bouleversé (lors de la Révolution française ?) par le creusement d’une vaste tranchée centrale peut-être pour rechercher un hypothétique « trésor » : les déblais et les restes des défunts ont été rejetés de part et d’autre, contre les parois latérales du caveau. Les observations archéologiques montrent que ce caveau a été construit tardivement, au cours de l’époque moderne.
*Fondation du sol