Le projet de restructuration du musée Rolin (2020-2028) étant susceptible d’affecter des éléments significatifs du patrimoine archéologique, enfoui ou bien conservé en élévation, une opération de diagnostic a été prescrite sur une emprise d’environ 7000 m². Elle a été réalisée par le Service Archéologique de la Ville d’Autun, sous la direction conjointe de Y. Labaune et C. Couderc, en collaboration avec l’Inrap entre septembre 2020 et octobre 2021, suivi par un ensemble d’expertises complémentaires du Service Archéologique de la Ville d’Autun entre 2022 et 2023. Les premiers résultats, très riches, lèvent en partie le voile sur 2000 ans d’histoire de la ville haute, dans l’attente de la réalisation des fouilles complémentaires.
Les traces de plusieurs colonnades ont été repérées, appartenant peut-être à un ou plusieurs édifices publics de l’époque romaine, situées au cœur d’un îlot antique.
L’étude a également permis de préciser le tracé de l’enceinte qui ceinturait la ville haute à la fin de l’Antiquité. La fortification est construite à partir de grands blocs de grès certainement récupérés sur les ruines de monuments plus anciens. Les datations restent encore imprécises mais rien ne s’oppose à une construction au cours de l’Antiquité tardive. L’intervention a mis en évidence la conservation remarquable d’un ensemble d’infrastructures tardo-antiques, possiblement domestiques, au voisinage même de l’enceinte réduite, à l’intérieur d’une des cours du musée Rolin. Ces constructions édifiées au moyen de solides maçonneries, sont la plupart du temps équipées de sols en béton de tuileau et/ou de sols construits sur hypocaustes.
Les vestiges de la demeure du père du chancelier Rolin connue sous le nom du « donjon » ont été reconnus dans les caves et les élévations de l’hôtel Lacomme. Ce bâtiment serait plus ancien qu’on ne le pensait et remonterait à l’époque carolingienne (VIIème – VIIIème siècle) selon les premières datations radiocarbones obtenues sur des mortiers.
L’étude a également porté sur les vestiges des maisons médiévales arasées lors de la construction de l’hôtel particulier de Nicolas Rolin, dont une première cave du XIIIème s. voûtée d’ogives. Ornée d’un décor élaboré, elle correspond certainement un espace de négoce ouvert sur la rue des Bancs. Deux autres caves appartenant initialement aux maisons dites Prémery et Bureau, sont communes et voûtées en anse de panier, mais elles connaissent une histoire et des modifications complexes.
Au niveau de la place Saint-Louis, les vestiges de l’église Notre Dame du Châtel ont pu être appréhendé, en particulier un ensemble de caveaux dont certains possèdent semble-t-il encore en partie leur système de couverture. Il a été possible de faire remonter l’origine de l’édifice de culte à l’extrême fin du Xème siècle ou dans les premières décennies du XIème siècle alors que les premières mentions le concernant remontent au XIIIème siècle. L’intervention menée à l’entrée du chœur de l’édifice religieux a permis de mettre au jour les vestiges du tombeau présumé de Nicolas Rolin.
Le cimetière paroissial se développant au sud de l’église Notre Dame du Châtel, dans la partie méridionale de la place Saint-Louis, a pu être appréhendé. Il semble remonter tout comme l’église au tout début du XIème siècle, l’occupation se poursuivant jusqu’au XVIIème siècle. Parmi les fosses de réduction, des structures originales ont été mises en évidence, liées certainement à la vidange de certains caveaux de l’église.
Au nord de l’église, la présence d’un espace funéraire assez diffus fréquenté au cours du XIème siècle a été détecté. Les caractéristiques et les pathologies de la population inhumée invitent à s’interroger sur la proximité d’un établissement hospitalier.
La fortification tardo-antique est agrandie au XIIème siècle et l’espace enclos accueillera au XVème siècle une maison canoniale (maison d’un clerc membre du chapitre cathédral) et un grand édifice à contreforts, peut-être les écuries de Nicolas Rolin. Ces deux bâtiments seront arasés préalablement à l’édification de la prison panoptique au milieu du XIXème siècle, mais l’expertise a révélé que leurs fondations étaient en partie conservées à l’emplacement des futurs travaux.
Enfin, l’étude de bâti réalisée sur la prison panoptique a révélé un ensemble cohérent du XIXème siècle, avec des réaménagements ponctuels, en particulier des enduits peints muraux.
Le collecteur souterrain d’évacuation des eaux usées et des eaux de pluie provenant du toit terrasse a été exploré.
Un ensemble de 1200 graffitis de prisonniers présents sur les murs et les portes des cellules a été identifié et enregistré. Des thèmes récurrents ont été identifiés (textes, calendriers, évocations religieuses, véhicules, armes…) qui nous renseignent sur la vie et les pensées des prisonniers. Ils permettent également de localiser des femmes et des mineurs à l’intérieur de certaines cellules.